La pauvreté est injuste et intolérable

Parce que c'est juste, parce que c'est nécessaire et parce que nous en avons les moyens, nous devrions, comme le disait Lyndon B. Johnson, il y a 50 ans, déclarer la guerre à la pauvreté et ne pas nous reposer tant que cette guerre ne sera pas gagnée. Un programme efficace doit cibler les causes, pas seulement les conséquences de la pauvreté.
Au Québec, il y a 10 ans, tous les membres de l'Assemblée nationale adoptaient une loi pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Depuis ce temps, des plans d'action ont été adoptés, des mesures ont été mises en place et de l'argent a été investi. Où en sommes-nous actuellement sur cette question de lutte à la pauvreté?
Quand nous lisons les journaux, nous sommes bombardés d'informations contradictoires. Pendant que le gouvernement - chiffres à l'appui - nous démontre que la pauvreté et l'exclusion sociale ont reculé au Québec, d'autres organismes - chiffres à l'appui - nous informent que les demandes auprès des banques alimentaires sont en hausse constante ainsi que le nombre de sans-abris; qu'il y a maintenant des travailleurs et des travailleuses qui ont recours aux banques alimentaires, que les inégalités de revenus sont en progression constante, que 750 000 personnes au Québec n'ont pas suffisamment de revenus pour couvrir leurs besoins essentiels... Finalement, qui dit vrai?
Pour lutter contre la pauvreté, il faut mettre en place des mesures qui éliminent les causes de la pauvreté et non seulement des mesures qui pallient en partie les conséquences. Que font nos gouvernements?
De sa main gauche, le gouvernement coupe dans les services à la population, mais de sa main droite, il annonce des mesures pour pallier les effets les plus dévastateurs de ses décisions. De sa main droite, il met des mesures en place pour augmenter le revenu des familles, mais de sa main gauche, il maintient dans la pauvreté les personnes seules et les couples sans enfant.
Du côté droit de sa bouche, il loue les vertus du travail et de l'emploi et du côté gauche, il maintient le silence sur une éventuelle augmentation du salaire minimum. Du côté gauche de sa bouche, il annonce des coupes de prestations aux personnes déjà pauvres, mais du côté droit, il maintient le silence sur l'ajout d'un palier supplémentaire d'impôt pour les très hauts revenus. Le côté droit de son coeur souhaite l'élimination de la pauvreté, mais le côté gauche de son coeur préfère les hausses de tarifs de toutes sortes à une fiscalité réellement progressive.
La lutte à la pauvreté nécessite du leadership, une véritable motivation et la mise en place de mesures adéquates qui ciblent les causes du problème. C'est le contraire de l'attitude actuelle de nos gouvernements.
Comme le disait Nelson Mandela: «La pauvreté n'est pas naturelle, ce sont les hommes qui la créent et la tolèrent, et ce sont les hommes qui la vaincront.» Et le premier pas pour vaincre la pauvreté c'est de prendre conscience qu'elle n'est pas normale, qu'elle est injuste, qu'elle est nuisible et qu'elle ne devrait pas être tolérée.
Olier Couture et Lisette Dionne
GDDS (Groupement pour la défense des droits sociaux), Trois-Rivières