La mort: devrait-on pouvoir?

La pauvre malade âgée est alitée depuis plusieurs semaines. L'Alzheimer, cette maladie de non-retour, a atteint le dernier degré de son implacable agression. De plus, il y a quelques jours, la dame a écopé de deux ACV. Ses yeux fermés ne s'ouvriront plus et il n'y a aucun autre signe de vie que la bouche toujours ouverte, laissant passer le peu d'air qu'exigent les poumons, car le coeur très faible refuse de s'arrêter. Ça s'appelle le coma. De toute évidence, aucun espoir d'amélioration.
C'est une triste fin de vie qui n'en finit plus. Les deux enfants de la mourante, l'un d'Ottawa et l'autre de Sherbrooke, se relaient à son chevet presque 24 heures sur 24. Ils sont impuissants, épuisés et bien sûr, leurs vies tant familiales que professionnelles sont perturbées.
Ils logent à l'hôtel et sont contraints de faire le tour des restaurants de Shawinigan, sans savoir pour combien de temps encore. Et finalement, (avouons-le) à quel prix? De temps à autre, ils appellent leur vieil et seul oncle à Québec, ce dernier étant incapable de se déplacer. On le tient au courant de l'évolution de la situation qui justement, n'évolue pas.
Encore aujourd'hui, on ne peut, sous peine de choquer certaines personnes, calculer les coûts globaux pour ces gens et même pour la société, d'une telle situation qui par surcroît, n'a rien d'exceptionnel. C'est un cas parmi tant d'autres. Là, où la rectitude morale, les convictions religieuses et autres obstacles retardent une prise de décision qui pourtant, semble espérée par la majorité. Devrait-on pouvoir? La question sera sûrement différente dans cinq ans. Elle ne se posera probablement plus dans dix ans. Mais entre-temps, aujourd'hui, on déplore que demain se fasse attendre.
Roger Matteau
Shawinigan