«Justice pour Joyce», clament plusieurs personnes.
«Justice pour Joyce», clament plusieurs personnes.

La mort dans des circonstances révoltantes

OPINIONS / La mort dans des circonstances révoltantes de Joyce Echaquan a soulevé une vague d’indignation générale. Cette jeune mère attikamek s’était présentée souffrante à l’hôpital dans l’espoir de recevoir des soins qui lui permettraient de guérir. Elle ne s’attendait certainement pas à y laisser non seulement sa vie, mais également sa dignité aux mains d’un personnel odieusement méprisant.

Il est facile de blâmer, avec raison, les employées qui crachaient agressivement leur racisme sur la pauvre Joyce à l’agonie. Mais ne portons-nous pas tous un peu notre part de responsabilité dans ce tragique exemple de racisme systémique?

Il suffirait de relire sur les réseaux sociaux les commentaires racistes et haineux de tout un chacun lorsque nos concitoyens autochtones bloquent une route, une voie ferrée ou l’accès à un chantier pour réaliser combien le racisme à leur endroit est répandu dans notre société. Avant de les juger, combien se demandent quelle détresse les pousse à poser de tels gestes de désespoir pour faire entendre leur voix et réclamer une amélioration de leurs conditions d’existence?

Combien de personnes parmi nous se préoccupaient du sort peu enviable des populations attikameks de la Mauricie avant que la mort de Joyce nous rappelle tout à coup leur présence à nos côtés? Et combien peuvent situer sur une carte leurs communautés d’Obedjiwan, de Wemotaci et de Manawan? Combien savent vraiment qui ils sont? Nous ignorons tout d’eux, de leurs conditions d’existence, de leurs problèmes sociaux et de leurs difficultés économiques; nous préférons ne pas voir les injustices et le racisme qu’ils subissent depuis si longtemps, leurs luttes pour améliorer leur situation nous indiffèrent plus qu’elles nous interpellent. Et cette ignorance est à l’origine même du racisme systémique dont la mort sinistre de Joyce est le plus navrant des exemples.

J’ai assisté au spectacle À Pleine voiles où nous avons eu la chance de découvrir deux talentueux artistes attikameks fiers de nous présenter un morceau de leur culture. Mais avant la performance de Laura Niquay, j’ai été choqué d’entendre un spectateur bien à l’abri dans la sécurité de l’obscurité dire tout juste assez fort pour que je puisse l’entendre: «Pas encore une …! Qu’est-ce qu’ils font dans le show?». Lorsqu’on entend un commentaire aussi méprisant dans un contexte pourtant propice à l’ouverture, peut-on se surprendre des propos dégradants qui se sont déversés sur Joyce dans ses dernières minutes de vie.

Pour conclure, Joyce Echaquan n’était pas seulement une autochtone, c’était aussi une mère de sept enfants qui rêvait pour eux d’une vie plus généreuse que celle qu’elle a vécue. Mais surtout, Joyce était avant tout un être humain comme tout le monde, et si on l’avait traitée simplement comme un être humain mérite d’être traité, elle serait probablement encore en vie aujourd’hui.

Si le racisme systémique se porte si bien dans notre société, c’est que nous le tolérons. Et si nous voulons que les choses changent, nous devons commencer par changer nous-mêmes.

Justice pour Joyce.

Jean-Pierre Frigon, 
Trois-Rivières