Le choix de l'emplacement de la marina est loin d'être idéal selon l'auteur de cette lettre.

La marina de Grand-Mère, un projet à saveur électorale

Décidément, la stratégie électorale du maire Angers comporte un air de déjà-vu. On se souvient qu'à l'aube des élections municipales de 2013, Michel Angers avait annoncé en grande pompe un ambitieux projet de 32 millions $, Les Quais du St-Maurice, dont le financement devait être assuré par des promoteurs privés. Ce développement n'a jamais vu le jour.
Cette année, à deux mois des élections municipales et à l'approche des élections provinciales et fédérales, M. Angers rapplique avec un nouveau projet de marina au coût de 13,8 millions $, financé cette fois en parts égales par les gouvernements fédéral et provincial, et par la Ville de Shawinigan, donc entièrement payé avec l'argent des contribuables. Cela signifie que l'on va de nouveau mettre les citoyens de Shawinigan à contribution pour la coquette somme de 4,6 millions $. Ça, c'est pour les coûts projetés. On sait, par expérience, à quel point les projets financés par les contribuables peuvent connaître des hausses substantielles.
Sans vouloir jouer les trouble-fête, plusieurs questions demeurent en suspens. Selon ce que rapporte l'Hebdo du St-Maurice, Produits forestiers Résolu «n'a pas eu à faire de décontamination du sol à l'endroit où se trouvera la marina». À quel coût devra-t-on rendre ce site à vocation récréotouristique conforme aux normes environnementales?
Le choix de l'emplacement de la marina est loin d'être idéal. En effet, l'environnement immédiat n'est aucunement propice à la présence d'une marina: bruit constant de la circulation sur le pont et des turbines de l'ancienne partie de la centrale hydro-électrique située à proximité et encore en exploitation. De plus, les quais seront situés juste à côté d'une zone tampon attenante à l'importante centrale hydroélectrique de Grand-Mère. Cela signifie qu'à chaque automne, les quais devront être retirés afin d'éviter d'être emportés par les crues du printemps, ce qui entraînera des coûts récurrents importants pour la gestion des quais. Par ailleurs, les nouveaux quais seront ancrés dans une section où la rivière a une profondeur de 45 à 63 pieds, ce que rendra l'ancrage plus difficile.
Selon ce que rapporte Le Nouvelliste, la Ville de Shawinigan doit garantir une contribution financière pour se qualifier au programme d'aide gouvernemental. Le maire «souhaite refiler une partie de cette participation à un promoteur privé pour l'exploitation des lieux». Si c'est un projet aussi prometteur que le prétend M. Angers, pourquoi la Ville n'a-t-elle pas d'abord assuré la prise en charge des coûts par des investisseurs privés? Nous n'avons aucune garantie que les payeurs de taxes y trouveront leur compte, surtout que les possibilités de création d'emplois seront minimes.
Dans les faits, comment peut-on rentabiliser une marina au coût de 140 000 $ par quai? En ciblant les touristes pour l'occupation des 99 quais, il est loin d'être acquis que l'exploitation sera maximisée. Quel sera le véritable achalandage du printemps à l'automne et à quel point les prix demandés aux plaisanciers seront concurrentiels? Actuellement, par les quelques belles journées d'été, la rivière Saint-Maurice est déjà saturée de bateaux, ce qui pose des problèmes de sécurité. Quant à la clientèle locale, les marinas existantes répondent déjà à la demande et il y a actuellement deux descentes de bateau gratuites.
Les fameuses études de marché devraient subir l'épreuve des faits et être montrées aux contribuables qui assurent le financement du projet.
Il faut garder en tête que notre ville a connu, depuis 2009, non seulement une hausse sans précédent de son endettement et du fardeau fiscal des citoyens, mais aussi une baisse notoire des services normalement assurés par la Municipalité.
Face à de telles perspectives, je comprends mal l'enthousiasme et les louanges sans réserve exprimées par les intervenants politiques, notamment à la veille des élections municipales. Pour un plaisancier comme moi qui connaît très bien le marché visé, la rentabilité de ce projet n'est aucunement réaliste.
Pour conclure, comment M. Angers peut-il de façon responsable annoncer un projet de cette envergure pour 2019 alors qu'il ne semble pas, à l'heure actuelle, avoir obtenu l'approbation d'Hydro-Québec, du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles et du ministère de l'Environnement pour cette implantation? Sans leur approbation, les subventions gouvernementales seront difficilement au rendez-vous.
Marien Dumont
Secteur Grand-Mère
Shawinigan