L’auteur de ce texte estime que le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, aurait dû sanctionner les Tigres de Victoriaville.

La LHJMQ ne doit pas banaliser

Tout récemment, un fait divers a retenu l’attention du monde du hockey mineur et professionnel (junior majeur) québécois. Un jeune hockeyeur d’âge mineur des Tigres de Victoriaville a été arrêté au volant d’un véhicule en état d’ébriété. Il revenait d’une fête d’équipe, dans un bar, payée par l’organisation des Tigres de Victoriaville.

Cette organisation, par le biais de ses employés, a toléré la présence de jeunes mineurs dans le bar L’Évaz à Victoriaville. Pire encore, un tenancier de bar a laissé entrer des mineurs dans son établissement. Rajoutons-en: un des entraîneurs constate qu’il y a des joueurs mineurs de son équipe dans le bar et les laisse là. Ouf, c’est une histoire qui commence bien mal…

Mais ce n’est pas fini.

Gilles Courteau, le commissaire de la LHJMQ, qui joue à la vierge offensée mais qui ne sanctionne pas cette équipe, «c’est un cas isolé». Le «Big Boss» n’a imposé aucune sanction aux Tigres, se disant satisfait de la façon dont l’équipe a géré le dossier. «Ils ont été extrêmement honnêtes et francs sur tout ce qui avait été fait, comment ça s’était déroulé»... Franchement! C’est un cas aussi isolé qu’un jeune adolescent de la LHJMQ qui étudie à temps plein monsieur Courteau?

Cette ligue à qui on confie des adolescents mineurs parle d’un cas isolé, d’un manque d’expérience et de jugement. Cette ligue qui depuis des années se cache la tête dans le sable comme une autruche. M. Courteau, vos joueurs mineurs vont depuis des dizaines d’années dans tous les bars du Québec. La province de Québec le sait, les parents des joueurs et les entraîneurs le savent, mais pas vous? Quand je vous ai vu à la télévision minimiser toute cette histoire, j’ai été révolté.

Et la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest qui nous dit «Espérons que le jeune hockeyeur obtienne tout le soutien et l’encadrement disponibles pour la suite des choses». Madame Charest, c’est à vous, à votre gouvernement, de faire respecter les lois. Ici aussi, tout le Québec sait que les mineurs entrent dans les bars du Québec comme dans un moulin. Quand votre gouvernement agira-t-il de façon responsable en enlevant indéfiniment le permis de vente d’alcool à tous ceux qui en vendent aux mineurs comme cela se fait aux États-Unis?

Mais dans quel monde vivons-nous? Que se passe-t-il avec tous ces Calinours?

Ce jeune de 17 ans a commis une infraction criminelle! Il va probablement avoir un dossier criminel. Pour une partie de sa vie, il sera un criminel aux yeux de la société. «Voyons c’est exagéré, consommer de l’alcool à 17 ans ce n’est pas si pire que ça». Oui justement, c’est si pire que ça!

J’ai eu un bar durant de nombreuses années où on exigeait deux cartes d’identité gouvernementale pour entrer. Pourquoi? Justement pour minimiser les risques d’avoir des mineurs dans notre établissement. Jamais nous n’avons été sanctionnés pour avoir servi de l’alcool à des mineurs. De par mon expérience, même si j’ai gagné ma vie en vendant de l’alcool, je peux vous dire que la pire des drogues c’est l’alcool! Quand je vois des parents qui laissent des mineurs consommer de l’alcool et qui en minimisent les effets, je n’en reviens toujours pas.

Je ne suis pas un saint, mais je sais ce que fait la consommation d’alcool et de drogue sur le développement cognitif des adolescents. Il faut croire qu’à la LHJMQ et au gouvernement on n’a pas le même souci.

Et ceux qui font respecter les lois? Tout comme avec l’affaire Four Loko, les premiers responsables, les propriétaires du dépanneur et du bar, s’en tireront probablement avec une petite tape sur les doigts. Ce sont eux qui ont permis à de jeunes mineurs d’acheter et de consommer de l’alcool de façon exagérée et illégale. Une jeune fille en est morte et un jeune adolescent devra subir un procès pour conduite avec les facultés affaiblies.

Je plains les parents de ce jeune homme. Espérons qu’ils ne se soumettront pas à la loi de l’omertà (loi du silence) de la LHJMQ. Cette ligue qui a ordonné à toutes ses équipes de se taire sur cet événement. Si mon fils était dans la situation de ce jeune hockeyeur, vous pouvez être certain que les choses n’en resteraient pas là. N’ont-ils pas fait en sorte que ce garçon puisse être probablement condamné comme un futur criminel?

Les parents de jeunes sportifs confient leurs enfants à des adultes qu’ils croient responsables. Ils sont en droit d’exiger d’eux l’encadrement le plus sécuritaire possible. Que serait-il arrivé si le jeune, au lieu de s’assoupir dans son automobile, avait fait un accident et était décédé? Vous pouvez dire que j’exagère, qu’il n’est rien arrivé de la sorte. Mais...

Malgré le fait que plusieurs personnes adultes aient laissé un mineur poser un geste illégal, rien ne se passera. La seule victime sera ce jeune joueur de hockey qui aura probablement un casier judiciaire pour une bonne partie de sa vie. La loi de l’omertà du hockey mineur québécois va continuer à se poursuivre, après tout, on est si près d’une carrière dans la LNH... N’est-ce pas, chers parents?

Claude Trudel

Trois-Rivières