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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

La fragile balance des risques et des avantages

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ÉDITORIAL / Comme mauvaise nouvelle pour le processus de vaccination, on pouvait difficilement demander mieux. L’annonce de la suspension de la vaccination avec des doses provenant d’AstraZeneca, chez les personnes de moins de 55 ans, est tout un pavé dans la mare de la lutte contre la COVID-19.

Une telle nouvelle viendra certainement effriter la confiance envers ce vaccin et peut-être même envers le processus de vaccination lui-même. Et c’est là que c’est le plus dommageable.

Tout cela, peut-être, pour ce que certains considèrent être un excès de prudence.

Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a recommandé, tard dimanche, cette pause dans les vaccinations AstraZeneca pour les personnes de moins de 55 ans, pour des raisons de sécurité. Dans les heures qui ont suivi, les autorités de santé publique des différentes provinces, le Québec y compris, ont suspendu l’inoculation de ce vaccin aux personnes visées par la recommandation.

C’est le principe de précaution qui a prévalu. Au Canada, aucune thrombose liée au vaccin Covishield d’AstraZeneca n’a été rapportée. En Europe, on estimait récemment que cette prévalence était d’un cas par million de doses de vaccin administrées. En Allemagne, ce serait un cas de trouble de coagulation ou de thrombose cérébrale veineuse pour 100 000 doses de vaccin AstraZeneca.

Au Canada, environ 300 000 doses de ce vaccin ont déjà été administrées, dont 110 000 au Québec. Jusqu’à maintenant, on n’a répertorié aucun cas de thrombose. Mais on a jugé approprié de décréter cette pause pendant que Santé Canada mène une enquête plus approfondie.

On nage ici dans la précaution et c’est parfaitement compréhensible. Mais est-on vraiment trop prudent?

Il faut rappeler que les vaccins développés au cours des derniers mois pour freiner la propagation de la COVID-19 ont été élaborés dans un temps record. Certaines phases de tests ont été faites en accéléré. Idem pour les processus d’homologation un peu partout dans le monde. Il est donc possible que des effets secondaires n’avaient pas encore été identifiés.

Jusqu’à maintenant, toutefois, le lien causal entre les cas de thrombose et la vaccination n’est pas clairement établi. Mais les autorités jugent cette coïncidence suffisamment préoccupante pour décréter une pause.

Le hic, c’est que cette pause vient créer une méfiance au sein de la population. Ce n’est certainement pas de nature à encourager ceux qui avaient des doutes face au vaccin à se faire vacciner. Et ça vient créer beaucoup de confusion quant aux effets secondaires possibles, mais peu probables, de la vaccination avec une dose d’AstraZeneca.

Il y aura donc beaucoup de pédagogie à faire. Et il n’est certainement pas évident de trouver les bons mots, le bon message, pour expliquer clairement la raison de cette suspension, d’autant plus qu’elle vise maintenant une catégorie de population autre que celle évoquée lorsque les premières suspensions ont frappé l’Europe. À ce moment, on croyait qu’il valait mieux s’abstenir d’utiliser le vaccin d’AstraZeneca pour les personnes de 65 ans et plus.

C’est d’ailleurs l’apparition de nouveaux cas en Europe qui a entraîné la mise en garde des autorités sanitaires canadiennes. Les problèmes de coagulation seraient rarissimes, mais dangereux. Et on ne peut pas prouver qu’ils sont liés à la vaccination.

Sur les quelque 17 millions de personnes qui ont reçu le vaccin d’AstraZeneca en Europe et au Royaume-Uni, on a recensé moins de 40 cas de caillots sanguins. Et lorsqu’on observe les données disponibles, le lien entre le vaccin et la formation de caillots sanguins, qui provoquent les thromboses, semble très ténu.

Jusqu’à maintenant, une dizaine de pays parmi ceux qui avaient suspendu l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca, ont annoncé qu’ils allaient reprendre son utilisation après le feu vert des autorités sanitaires. Mais la confiance du public en a pris pour son rhume. Et la même chose se produit déjà de ce côté-ci de l’Atlantique.

À Trois-Rivières, il y a deux semaines, on avait expliqué les longues files d’attente à l’extérieur de la bâtisse industrielle, qui accueille la principale clinique de vaccination massive, par le fait que les personnes qui venaient recevoir le vaccin posaient parfois beaucoup de questions quant aux effets secondaires ou quant à la possibilité de recevoir un vaccin autre que celui d’AstraZeneca.

Les autorités sanitaires et gouvernementales devront redoubler d’efforts pour rassurer la population et répéter que le vaccin d’AstraZeneca est un vaccin sûr et efficace, qu’il est un outil essentiel dans la trousse de munitions contre la COVID-19. Il faudra, surtout, faire la démonstration que les avantages du vaccin l’emportent sur les risques et que ce qui importe, c’est de limiter les hospitalisations et les décès.

C’est tout un défi de communication à un moment où le jeu des perceptions est déjà bien engagé.