Le Parti libéral a connu son lot de scandales dans les dernières années.

La date de tombée

La date de tombée prévue est le 1er octobre 2018. Ce qui doit tomber ce jour-là, c'est le Parti libéral au pouvoir dans la province de Québec depuis 2003 (avec un intermède de 18 mois sous Marois).
Ce parti à faire tomber, c'est celui de la réingénierie sous Charest (2003) et de l'austérité sous Couillard (2014). C'est celui des partenariats public-privé (2003), du projet du Suroît (2004), de la crise des gaz de schiste (2008), de la crise étudiante et de la loi spéciale (2012), de l'abolition des CRE, des CLD et des Agences régionales en santé (2015), de l'augmentation des tarifs en CPE (2015), des coupes à l'aide sociale (2016). Et j'en passe...
Surtout, ce parti est celui des scandales: la prime de salaire de Jean Charest (jusqu'en 2010), l'enquête de la commission au lobbyisme à l'endroit de Philippe Couillard (2008-2009), le scandale de la Société immobilière du Québec (2009), les fraudes de Tony Tomassi (2010), les fraudes liées à l'octroi de contrats publics (commission Charbonneau, 2011-2015), les accusations de fraude et de corruption à l'endroit de l'ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau (2016), les enquêtes à l'endroit de Sam Hamad (2016), les allégations d'inconduite sexuelle au sujet du député Gerry Sklavounos (2016) et du ministre Pierre Paradis (2017). J'en oublie? Sûrement.
Ça suffit l'amnésie! Je veux bien qu'on réhabilite et qu'on excuse les plus naïfs députés de ce parti (Boulet, Thériault). Je veux même qu'on reconnaisse des qualités de politiciens à certains d'entre eux (Anglade, Moreau, Proulx). Mais le supplice a assez duré. Un tour dans l'opposition est souhaitable, nécessaire, primordial, impératif. Il faut plus que 18 mois pour assainir un parti gangrené par les scandales et essoufflé par le pouvoir.
Évidemment, le problème de la division de l'opposition reste entier. Chez les anglophones et les allophones (environ 20 % des Québécois), le Parti libéral semble demeurer la seule option.
Chez les francophones, le Parti québécois (PQ) est concurrencé à droite par la Coalition avenir Québec (CAQ) et à gauche par Québec solidaire (QS) et Option nationale (ON). Dans un tel contexte, l'appel à la convergence des forces souverainistes semble être davantage qu'une option, il s'agit d'une condition sine qua non à une sortie de crise. 
Les deux principaux protagonistes ont tout à gagner. Le PQ veut le pouvoir. La seule façon de l'obtenir de façon majoritaire est de de s'allier ponctuellement avec ses adversaires. QS, quant à lui, souhaite progresser. Depuis sa création en 2006, il l'a fait modestement à chaque élection. En 2018, conserver ses acquis n'est pas suffisant (trois députés montréalais élus en 2014), il doit croître, particulièrement hors de l'île de Montréal. 
Un tel scénario de convergence constitue une solution à court terme, éphémère et fragile. La formule à privilégier reste à définir, mais elle doit être basée sur la bonne foi des acteurs. Et idéalement, elle devrait s'accompagner d'une solution permanente comme l'adoption rapide d'un mode de scrutin proportionnel mixte. Tous les partis d'opposition à l'Assemblée nationale sont présentement unis dans le désir d'une telle réforme. Or, l'expérience fédérale de Trudeau laisse présager une réforme ardue à mettre en place.
Quoi qu'il en soit, le temps presse. La date de tombée approche. Sans cette convergence, on poursuit le supplice quatre autre années.
Daniel Landry
Professeur de sociologie au collégial
Trois-Rivières