La culture québécoise n’existe pas parce que… les Québécois n’en veulent pas

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / Parti de Montréal pour me rendre jusqu’au bout de la 138, à Natashquan, je n’ai rencontré lors de mon voyage sur la Basse-Côte-Nord et à mon retour par le Bas-Saint-Laurent, que des Québécois très accueillants et prêts à tous les services. 

Mais, tout au long de ce parcours de plus 3000 km, partout où je me suis arrêté pour toutes les bonnes raisons d’approvisionnement, de détente, d’information touristique, de santé, d’hébergement et de restauration, je n’ai entendu, même à Natashquan, le pays de Gilles Vigneault, que des tunes – je n’ose dire musique – anglo-saxonnes.

La «musique» américaine, c’est la culture des Québécois. Une culture d’aliénés (du grec allos, du latin alius, et de Hollywood Alien, «autre», «étranger») c’est-à-dire d’un peuple qui ne sait pas qui il est, qui est forcément «autre», et/ou victime d’une colonisation totale qui dépasse en profondeur les faits historiques; une colonisation de l’imaginaire et de la mémoire. Je me suis rendu compte qu’à part le folklorique 24 juin, les Québécois ne peuvent supporter leur propre culture par le biais de leurs chansons. Comme s’ils avaient honte d’eux. Rien du «Je me souviens» des plaques d’immatriculation québécoises a pu me faire saisir le moindre rappel de ce qu’on pourrait appeler une «culture québécoise».

Pendant tout mon voyage, de Montréal à Natashquan et de Matane à Québec, je n’ai entendu en «musique» que de l’anglais mur à mur. Je me disais: «quelle chance ont les Américains d’être partout chez eux!». Ceux-là mêmes qui, cette année, sont absents. Qu’importe! Ils sont là! Quel impact a leur force culturelle! Quelle domination sur le monde de la culture via leur emprise technologique, économique et financière! On est vraiment très loin de la fin de l’Empire américain, mais peut-être très proche, cependant, de la mort des diversités culturelles ou nationales. L’uniformisation «GAFAM» nous guette de Montréal à Blanc-Sablon. De New Delhi à Paris. Partout, c’est l’Amérique qui homogénéise les comportements, les désirs et les esprits; que ce soit par les réseaux sociaux, le cinéma, la cuisine, la mode, la musique, la pensée… J’ai bien senti qu’il n’y a que la poutine et les «tabarnac» qui nous caractérisent, nous, les Québécois.

La richesse et la solidité des écosystèmes naturels reposent sur la biodiversité des espèces. La nature a horreur de l’uniformisation. Elle craint la pratique des monocultures, risques d’appauvrissement et de désertification. Il en est ainsi de l’humanité. Les diversités culturelles enrichissent les civilisations humaines. Parce qu’elles constituent une réelle richesse pour l’humanité, la culture et la langue françaises dans une Amérique du Nord anglo-saxonne doivent être préservées comme doivent être protégées les espèces d’un milieu naturel.

L’identité québécoise distincte et originale dans le grand tout américain renforce la diversité, donc la fécondité dans le jeu des cultures du Monde. Les Québécois devraient se sentir fiers d’être différents et par conséquent s’investir davantage dans toutes les formes culturelles qui les spécifient et surtout celles de la chanson et de la musique. Pourquoi craindre la diffusion de ce que nous sommes?

La plus belle ouverture sur le monde n’est pas la disparition de soi, mais sa propre affirmation.

Jacques Senécal
Nicolet