La COP 25 de la procrastination

OPINIONS / Depuis la fin des années 1950, les scientifiques n’ont cessé de constater les différents impacts invasifs des innovations industrielles sur les systèmes qui régularisent les interactions qui assurent le bon fonctionnement de la planète. Ainsi, les scientifiques ont pris conscience de la dégradation environnementale et, même si ça ne plaît pas, de la catastrophe généralisée qui s’annonce en parlant d’urgence climatique.

Différents groupes se sont mis à l’ouvrage pour mesure l’étendue des dégâts. Il y a presque 50 ans, le Club de Rome se formait et publiait en 1972 le livre Halte à la croissance! où sont évalués les impacts industriels sur l’environnement. Les auteurs y intègrent la première version du Rapport Meadows rédigé par Donella et Denis Meadows ainsi que par Jorgen Randers, des scientifiques du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Des graphiques y illustrent des courbes de rétroactions positives qui compilent les croissances des activités humaines agissant sur l’environnement: démographie, production industrielle et agricole, exploitation des ressources, pollution dont la production de CO2…

Plus tard, en 1988, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) réunit biologistes, météorologistes, géologues, économistes, sociologues et représentants d’États. Ces experts ont le mandat d’évaluer les informations scientifiques, techniques et socio-économiques disponibles, de façon neutre et objective. Ils publient leurs rapports afin de les diffuser largement auprès des grandes institutions et des gouvernements.

En 1994, suite aux impacts de plus en plus sévères générés par l’activité thermo-industrielle basée sur le recours intensif aux énergies fossiles qui engendrent des bouleversements climatiques, l’ONU convoque tous les pays afin de s’entendre sur des constats et des stratégies. En décembre de cette année, soit 25 ans plus tard, oui, 25 ans plus tard, la dernière Conférence des parties, la COP 25, s’est terminée sans faire de proposition d’action pour contrer la hausse du climat, la fonte des glaciers, les inondations, les canicules, la désertification, et les incendies de forêt en Californie, en Colombie-Britannique, en Espagne, en Australie, dans les toundras du Groenland et les steppes de la Sibérie…

Après toutes ces années de discussions infructueuses, de déni et de mauvaise foi, pendant que le CO2 dans l’atmosphère ne cesse d’augmenter, faut-il conclure que le complexe pétrolier et financier qui établit les règles du monde dans lequel nous vivons et où nous consommons est maintenant si solidement établi que nous ne pouvons plus espérer le modifier ou en sortir sinon que lors de son effondrement?

Tout compte fait, est-ce bien la procrastination qui opère ou bien ne s’agit-il pas plutôt d’une pétrodictature? À la COP 25, certains pays ont agi comme s’ils souhaitaient établir une bourse du carbone dont la gestion deviendrait un labyrinthe de règles où il serait impossible de mesurer la valeur, l’attribution et l’efficacité des actions.

Devant cette impasse, quel gouvernement acceptera de prendre des initiatives environnementales menant à une transition vers une économie moins agressive socialement et écologiquement? Le gouvernement canadien se fait traiter de cancre dans le dossier du climat par les médias et celui du Québec, après s’être présenté sans programme environnemental aux élections de 2018, n’a pas de plan et encore moins d’actions en marche pendant que la production des GES augmente toujours.

Après des manifestations rassemblant plus de 500 000 personnes au Québec, après avoir entendu les propositions de Dominic Champagne du Pacte pour la transition et d’autres groupes ainsi que l’appel de Greta Thunberg, le gouvernement Legault demeure muet dans la lutte aux bouleversements climatiques. Pourtant les surplus d’électricité invendus et une situation financière inespérée ouvrent la voie toute grande pour entreprendre une transition vers une électrification importante.

Pierre Foisy

Saint-Édouard-de-Maskinongé