Le maire de Saint-Tite, André Léveillé.

La campagne et ses girouettes

Le scénario est tellement invraisemblable que c'est à se demander si les deux protagonistes n'ont pas simplement voulu se payer la tête de la population de leur municipalité respective. André Léveillé, qui devait supposément quitter la mairie de Saint-Tite, appuyait sans réserve le maire de Saint-Prosper, Michel Grosleau, un gars de Saint-Tite qui comptait bien retourner y vivre et succéder à son ami Léveillé. Mais leur beau scénario ne tient plus en raison de détails légaux liés à l'éligibilité du candidat Grosleau. Résultat: les deux hommes décident finalement de solliciter un nouveau mandat à la tête de la municipalité dont ils sont déjà maires.
Si ce n'est pas rire du monde, on se demande bien ce que c'est.
En tout cas, c'est un autre déplorable exemple de ce qu'il faut faire pour alimenter le cynisme de la population envers la politique, municipale dans ce cas-ci, et les élus qui en sont les acteurs.
On atteint ici un sommet d'opportunisme, de paternalisme et d'amateurisme. 
Opportunisme parce qu'on est en présence d'un scénario cousu de fil blanc, dans lequel un maire supposément sortant fait fi du minimum de réserve que son sens civique aurait dû lui dicter pour appuyer ouvertement un candidat ami, venu d'ailleurs. Pas plus tard que mercredi, André Léveillé confiait au Nouvelliste qu'il n'avait plus autant d'énergie à consacrer à la vie municipale et qu'il souhaitait concentrer ses efforts au développement d'un projet touristique d'envergure pour Saint-Tite. Il dit même avoir voulu «trouver un candidat qui pourrait agir dans la continuité de ce qu'il a entrepris depuis huit ans».
C'est beaucoup de magnanimité, monsieur le maire. Mais la population de Saint-Tite est assez grande pour trouver un candidat ou une candidate qu'elle considère capable de vous succéder.
Michel Grosleau, de son côté, ne se gênait pas pour dire, il y a trois jours à peine, qu'il ne quittait pas la mairie de Saint-Prosper sans s'assurer qu'une bonne relève prenne le flambeau. S'il est fréquent que des maires sortants aient des dauphins ou des candidats qu'ils apprécient plus que d'autres, il est généralement plus habile et plus élégant de faire preuve d'une certaine réserve quand on cède sa place.
Dans les deux cas, ça nous ramène à un paternalisme politique qui appartient à une autre époque.
Amateurisme, enfin, parce que deux hommes politiques d'expérience ont oublié de vérifier des dispositions légales importantes lorsqu'ils ont élaboré de leur scénario de «je pars et tu viens me remplacer». Michel Grosleau n'est pas éligible pour se présenter à la mairie de Saint-Tite compte tenu du critère de résidence - de façon continue ou non - sur le territoire de la municipalité depuis au moins un an, critère qui est prévu à la Loi sur les élections et référendums dans les municipalités. Cette loi, c'est un peu l'abécédaire pour un élu municipal. Les élus devraient la connaître presque sur le bout de leurs doigts.
Vraiment, ce scénario et cette ridicule volte-face de deux maires jusque-là respectés viennent enlever beaucoup de crédibilité et de sincérité à leurs intentions véritables. Les électeurs de Saint-Tite et de Saint-Prosper seront, en fin de compte, les seuls à décider s'ils préfèrent passer l'éponge sur cette bévue des maires en poste en les réélisant pour une énième fois, ou s'ils veulent plutôt envoyer un message clair en disant qu'ils en ont assez de manoeuvres comme celle qui vient d'exploser en pleine face de Messieurs Grosleau et Léveillé.