Justin Trudeau participe spontanément et candidement à toutes les manifestations culturelles qu’on lui propose.

Justin Trudeau raciste?

OPINIONS / Des nouvelles récentes, sous forme de courtes vidéos et de photos, ont montré Justin Trudeau, le premier ministre sortant, la figure noircie, portant des costumes dans des contextes de réjouissances variés, notamment une mise en scène des Mille et Une Nuits, recueil de contes arabes où évoluent un calife, les femmes de son harem, ses serviteurs noirs et d’autres personnages. Le même Trudeau s’était déjà montré costumé en Amérindien traditionnel, lors de fêtes chez les autochtones et pour des cérémonies. Lors de son voyage en Inde, il a eu la prévenance envers ses hôtes, et la candeur, de se vêtir en costume traditionnel indien, costume que les journalistes ont désigné par le mot «accoutrements», et caetera.

Pour un Canadien, ou tout au moins pour un Québécois comme moi, il paraît difficile d’associer la figure grimée de noir de Justin Trudeau au mouvement américain Blackface qui, paraît-il, consistait pour un «Blanc» à se travestir en «nègre» et, sous cette apparence, tourner en ridicule et en mépris la langue, l’anatomie, le comportement des Noirs.

Rappelons-nous que le père de Justin, Pierre-Elliot Trudeau, un humaniste et grand premier ministre canadien, était égalitariste et inclusif. Il a institué un multiculturalisme tous azimuts, ouvrant toute grande la porte au mélange des cultures sans souci de leur intégration, causant aujourd’hui les problèmes liés à l’immigration massive qu’il n’avait pas anticipée.

Contre vents et marées il a imposé au Canada le Bill Omnibus, un chef-d’œuvre d’ouverture et de tolérance. Par une loi, il a voulu sincèrement faire du français et de l’anglais les deux langues officielles du Canada, loi qui n’a été à peu près respectée qu’au Québec. Accompagné de son ministre Jean Chrétien, il a été le premier à vouloir changer la loi sur les Amérindiens, en leur donnant du statut dans la loi et la constitution canadienne. Comme son père, il a lui-même épousé une anglophone.

Justin n’est pas Pierre Elliot, et il n’a pas eu l’appui électoral et l’équipe de conseillers privés dont bénéficiait son père. Néanmoins, il partage manifestement ses valeurs. Il a voulu et pu former un gouvernement comportant une forte députation féminine, à ma connaissance la plus nombreuse dans l’histoire du parlement canadien, il a nommé une Amérindienne au double et prestigieux poste de procureur général et ministre de la Justice, il a tenté (au contraire de son père) de concilier les intérêts économiques de l’Est et de l’Ouest canadiens, il participe spontanément et candidement à toutes les manifestations culturelles qu’on lui propose.

Exception faite de Yves-François Blanchet qui a taxé l’affaire Blackface d’insignifiante et récusé le qualificatif de raciste pour Justin Trudeau, les autres chefs de partis canadiens en ont fait leurs choux gras et ils ont pudiquement blâmé l’ex-premier ministre pour son comportement et sa supposée hypocrisie.

Confronté lui-même aux remous qu’a causés l’affaire, Justin s’est mis en devoir de s’excuser, arguant candidement que se déguiser en noir (ou en Indien, ou en Amérindien, ou en…) est raciste aujourd’hui mais ne l’était pas au moment des événements: un garçon de 12 ans, ou d’un homme d’une ingénuité rare.

Maladroit? Peut-être. Raciste? Non.

Louis Laurencelle

Trois-Rivières