Malik Hammadouche

Je vous en prie, mesurons nos propos, monsieur Hammadouche

En réaction à la lettre de Malik Hammadouche intitulée «La source du drame», publiée dans notre édition du 7 février.
Mardi matin, j'ai lu et relu, dans mon quotidien Le Nouvelliste, votre texte intitulé «La source du drame». J'en ai retiré une grande tristesse et une grande déception.
Nous partageons avec vous des émotions douloureuses causées par le drame récent survenu à Sainte-Foy.
Cela ne justifie pas, cependant, votre attaque très dure contre des personnes de notre communauté, ni vos dénonciations des Québécois qui désirent marquer leur identité, leur attachement à leurs traditions et à leur culture.
Je ne peux passer sous silence le portrait tellement injuste que vous faites de la Trifluvienne Djemila Benhabib, le procès d'intention que vous lui faites et les accusations que vous portez contre elle. Vous la traitez de modèle d'intolérance et de haine, d'hypocrite, dont la plume coupable et empoisonnée fait couler le sang.
N'êtes-vous pas conscient que ces phrases reprennent exactement le style des radio-poubelles qui, par leur vocabulaire excessif et leurs associations approximatives, distillent la haine et encouragent la violence? Par un procédé digne d'un animateur retors, vous laissez même entendre que les personnes que vous identifiez ne sont rien de moins que des voyous, des criminels et des terroristes!
Madame Benhabib mérite mieux, cette femme issue de votre communauté, cette écrivaine qui ne cesse de réfléchir aux moyens d'améliorer les relations entre nos communautés, dans le respect et la vérité.
J'ai peine, également, à comprendre votre attaque en règle contre l'identitaire, que vous accusez de tous les maux de la terre. Vous-même, n'êtes-vous pas porte-parole du Centre culturel islamique de la Mauricie? Vous faites référence à la «communauté» musulmane du Québec. N'est-ce pas là de l'identitaire? C'est formidable, avoir une identité, vous ne trouvez pas? Les Québécois seraient-ils les seuls à ne pouvoir s'identifier à une culture, une histoire, une langue? Les seuls à ne pouvoir adhérer à des valeurs communes et en faire la promotion? Les seuls à ne pouvoir développer une fierté identitaire?
Je renvoie aux mots prononcés par l'imam Hassan Guillet, dans son allocution lors de la cérémonie en hommage aux victimes de la mosquée de Québec.
«À partir d'aujourd'hui, soyons une réelle société unie et unifiée. De la même façon que nous sommes unis dans notre douleur aujourd'hui, dans notre peine, à partir d'aujourd'hui, soyons unis dans notre rêve, dans notre espoir et dans nos plans pour l'avenir. Nous sommes des citoyens comme tout autre citoyen. Nous avons les mêmes droits. Nous avons les mêmes obligations, les mêmes devoirs. Nous devrions bâtir ensemble ce pays.»
Bâtir ensemble ce pays, un beau programme identitaire, non?
Je vous renvoie enfin aux paroles prononcées par Mohamed Yangui, président du Centre culturel islamique de Québec, lors de la deuxième cérémonie en hommage aux victimes de la tuerie.
«Nous, on pratique l'islam qu'on utilise tous les jours, avec lequel on éduque nos enfants, avec lequel on vous côtoie, avec lequel on est une seule main pour bâtir ce pays.»
Une seule main pour bâtir ce pays, voilà le projet que nous aimerions faire ensemble, et ce «nous» est inclusif, n'en doutez pas. Mais cela ne se fera ni dans la colère ni dans les attaques violentes et haineuses, qui ne sont pas toujours à sens unique, vous en conviendrez.
Jacques Rousseau, retraité
Département de psychoéducation
Université du Québec à Trois-Rivières