Le lock-out à l’ABI dure depuis 13 mois.

Je suis un lockouté

POINT DE VUE / Une grosse compagnie américaine m’attaque depuis 13 mois et j’ai l’impression d’avoir beaucoup de monde sur mon dos. Alcoa, ceux qui commentent sur les médias sociaux, le gouvernement qui nous laisse tomber en finançant le lock-out. Il y a même un prof d’université qui répète à tour de bras le discours du boss.

Tout le monde a son mot à dire sur notre salaire (qui ne fait même pas partie des négos), sur notre usine (une des plus performantes d’Alcoa en Amérique du Nord), sur notre compétence (je travaille là depuis 28 ans, je connais plusieurs postes et cette usine fonctionnerait bien mieux si on avait de meilleurs gestionnaires).

Mais ce qui me dérange, c’est de voir des collègues qui doutent. Cette attitude nuit à notre rapport de force. Ça rallonge le lock-out. Rappelons-nous qui nous a mis en lock-out, qui nous y maintient, qui saute sur le moindre prétexte pour interrompre les négos.

Depuis treize mois, on vit des montagnes russes. Des collègues ont dû vendre leur maison, d’autres retardent les paiements, on restreint notre train de vie et plusieurs s’endettent. On essaie que les enfants en souffrent le moins possible. C’est dur sur la famille, sur le couple.

En janvier, les négociations ont repris pour la énième fois. La compagnie a prétendu être prête à négocier, pour annuler toutes les rencontres quelques jours plus tard.

Encore une fois, c’était de la poudre aux yeux, comme les beaux communiqués d’Alcoa sur la compétitivité. Jamais les dirigeants d’Alcoa expliquent franchement leur position aux médias, à la population. Ils surfent sur la jalousie et l’antisyndicalisme.

Dans le fond, la compagnie américaine ne travaille même pas à trouver des solutions. Elle cherche à nous écraser. On essaie de nous faire croire que c’est notre syndicat qui est intransigeant. Que l’avenir de l’usine est en jeu. Qu’il faudrait accepter moins que leur offre d’il y a 14 mois.

Pourquoi donc? Parce qu’Alcoa a décrété un lock-out? Parce qu’ils se sont mis eux-mêmes dans cette situation qui leur coûte de l’argent?

On est victime d’un gros gâchis. L’incertitude, la rage, l’impuissance nous rongent. Et c’est ce que la compagnie veut. Diviser pour mieux écraser.

Le gouvernement est complice. Il nous laisse tomber. En reconnaissant le lock-out comme un «Act of God», Hydro et le gouvernement financent la partie patronale. Cent soixante-cinq millions en 2018 comme Hydro-Québec le confirmait cette semaine!

Comme tous mes collègues, j’en ai assez de ce lock-out. J’ai hâte de retourner travailler. C’est pas toujours facile, les quarts de nuit, la poussière, la chaleur. Mais j’aime ma job, ça permet de bien gagner ma vie.

Mais je ne veux pas rentrer la tête entre les deux jambes. Sans le moindre espoir pour certains d’occuper un poste de jour éventuellement, parce qu’il n’y en aurait plus. En ayant donné à rabais mon régime de retraite. Avec moins que ce que le boss m’offrait avant de nous mettre dehors.

Ce samedi lors de l’assemblée syndicale, nous aurons l’heure juste sur les négos. On va se dire nos quatre vérités. On est tous tannés de manger une volée. On a essayé bien des choses pour dénouer l’impasse depuis le début du lock-out. Mais il y a une chose qu’on n’a pas essayée, c’est que tout le monde mette ses différends de côté et qu’on pousse tous dans la même direction, vraiment solidaires les uns avec les autres, et envers notre exécutif. Ça vaut le coup d’essayer.

Je veux qu’on sorte de l’assemblée la tête haute, tissés serrés, solides. Montrons à Alcoa qu’elle n’arrivera pas à nous casser, qu’elle est aussi bien de négocier maintenant sérieusement.

Alcoa doit négocier et Québec doit protéger ses citoyens attaqués par une compagnie étrangère. Le drame a assez duré.

Mario Cayouette

Travailleur chez ABI

Lockouté depuis le 11 janvier 2018