Être coach au baseball, c'est aussi devoir gérer les émotions de ces jeunes: les joies, les peines, les frustrations, les découragements, les espoirs, les déceptions... En cette Semaine nationale des entraîneurs, l'auteur de cette lettre raconte un épisode de la vie d'un coach.

Je suis fier de toi, Vincent

La semaine dernière avait lieu la Semaine nationale des entraîneurs. À cette occasion, j'ai écrit ce texte - une histoire vraie tirée du baseball - pour souligner la persévérance d'un joueur mais aussi pour illustrer la difficulté de faire toujours les bons choix en tant qu'entraîneur auprès des jeunes. L'objectif est de donner le goût à certains parents de venir s'impliquer sur le terrain en tant qu'entraîneurs.
J'aurais pu commencer ce texte par Alexis, Jakob, Dawson, Samuel, Mathis, Josué, Thomas, William ou Zachary. Mais j'ai décidé d'arrêter mon choix sur Vincent. 
Pourquoi? Parce que Vincent c'était la carte cachée et la boîte à surprise. L'«outsider». Le vétéran (!?) joueur de deuxième année moustique B l'an dernier. Il est arrivé au camp d'entraînement en plongeant sur les balles frappées dans le champ centre et en essayant de frapper à peu près tout ce qui bouge au marbre. Je le surnommais d'ailleurs «Guerrero» en référence à Vladimir Guerrero, un ancien joueur des Expos de Montréal.
Vincent a connu une très bonne saison au bâton, un des meilleurs de l'équipe... et le voici en finale des championnats provinciaux Moustique A de baseball à Varennes. Il est au bâton en 3e manche et l'arbitre vient d'appeler une 3e prise contre lui. La balle semblait balle... mais bon. Vincent n'est pas d'accord et il se met à pleurer. Incapable de se contenir. Il pleure solide et il est fâché. On est pourtant en avance 1-0 dans le match, mais Vincent n'est plus là. Il est ailleurs.
L'équipe adverse (Saint-Basile) réussit à marquer un point en 5e manche et on arrive à la dernière manche à égalité 1-1. Le match est très serré et la tension est à son maximum dans le parc. Vincent sera mon premier frappeur à notre tour au bâton et il traîne de la patte avant d'aller en défensive. Les larmes ne sont pas encore sèches et son visage est marqué. Je décide de le garder au banc, pour la seconde fois du match... et Vincent se remet à pleurer de nouveau. 
Je dois absolument trouver une solution et vite... sinon Vincent risque de causer notre perte en fin de 6e. Je prends Vincent à l'écart. Je n'ai pas beaucoup de temps, Mathis est au monticule en début de 6e et les gros frappeurs de Saint-Basile s'en viennent. J'ai déjà convenu avec coach Marc-Antoine que Will va venir lancer contre eux. Je joue au psy avec Vincent. J'essaie de le ramener mais les time-outs, ça n'existe pas au baseball, et là, tout va trop vite. 
Mathis vient de donner un but sur balles, suivi d'un retrait sur des prises. Je vais parler à Vincent à nouveau, il n'a pas bougé, pas bronché. Visiblement, mes paroles n'ont pas eu l'effet souhaité. Mathis va chercher un 2e retrait contre le 2e frappeur de Saint-Basile. Je retourne voir Vincent qui cette fois a mis son casque et ses gants. Un autre speech. Les larmes sont encore présentes, mais un peu moins... J'ai quand même un début de lueur d'espoir avec lui.
L'erreur du coach
Voilà Mathis contre le 3e frappeur et l'un des meilleurs frappeurs de Saint-Basile qui lance son premier lancer en plein centre du marbre pour une prise. J'ai oublié de faire le changement avec Will comme convenu. J'étais trop concentré sur Vincent. On a rarement vu un changement de lanceurs avec un compte de 0-1 et 2 retraits en fin de match. J'hésite. Matt lance une deuxième prise, cette fois sur un ricochet. Il lui en manque une et moi je suis échec et mat! Il est maintenant trop tard pour le changer... je dois vivre avec. 
Sur le lancer suivant quand j'ai vu la balle partir par-dessus mon joueur de champ je savais que je venais de faire une erreur. À part Marc-Antoine, je crois que j'étais le seul dans le parc à savoir qu'il s'agissait de mon erreur. Un triple pour le meilleur frappeur de Saint-Basile et me voilà en train de faire le changement de lanceur pour amener Will, un frappeur trop tard. On tire maintenant de l'arrière 2-1 et il nous reste seulement un tour au bâton.
La remontée
Will retire sur 2 prises le dernier frappeur de la 6e pour Saint-Basile, et leurs joueurs foncent sur le terrain confiants de gagner le titre. 
Pour moi, c'est probablement le dernier speech de l'année. Je rassemble tous mes joueurs et je leur dicte la fin du match. «Les boys! Vincent va faire une bombe dans le champ, Mathis un simple et Jo va finir le travail».
Vincent se présente au bâton, l'air confiant. Il ne pleure plus. Sur le second lancer, il frappe probablement sa plus longue frappe de l'année, un triple.
Quand j'ai vu la balle partir au loin, je savais que nous allions l'emporter! Je suis fier de toi Vincent. Nous voilà champions du Québec.
Pascal Boislard
Trois-Rivières