Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
L’historien Jacques Lacoursière.
L’historien Jacques Lacoursière.

Jacques Lacoursière (1932-2021): transmettre aux Québécois leur histoire

Article réservé aux abonnés
OPINION / L’auteure, Lucia Ferretti, est historienne et professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle s’exprime ici au nom des historiens de cette institution.

Les historiens de l’UQTR ont appris avec tristesse la mort de Jacques Lacoursière, qui a consacré sa vie à mieux faire connaître l’histoire du Québec par tous les moyens d’éducation et de vulgarisation disponibles à chaque époque. Originaire de Shawinigan, Lacoursière entre à l’école normale Maurice-L.-Duplessis à la fin des années 1950. Un de ses professeurs, Denis Vaugeois, lui communique alors sa passion pour l’histoire. Leur mentor à tous deux est l’abbé Albert Tessier. Professeur, cinéaste, journaliste, archiviste, l’abbé Tessier est alors sur toutes les scènes lorsqu’il s’agit de promouvoir la Mauricie; c’est lui, d’ailleurs, qui rebaptise ainsi notre région, jusque-là connue plutôt sous le nom de Vallée-du-Saint-Maurice.

Avec Tessier, Vaugeois et Gilles Boulet (qui sera bientôt le recteur fondateur de l’UQTR), Lacoursière crée en 1962 le projet du Boréal Express. Lévis Martin en est le directeur artistique. Pierre Gravel, qui deviendra plus tard éditorialiste à La Presse, fait aussi partie de l’équipe de rédaction. Il s’agit d’un journal historique. Les quatre rédacteurs y imaginent ce qu’aurait pu être un périodique publié à l’époque où les événements ont eu lieu. On peut y lire des entrevues exclusives avec Jacques Cartier ou Roberval par exemple, des reportages sur la vie quotidienne au XVIIIe siècle ou des enquêtes de type journalistique sur les dessous de tel ou tel scandale politique du XIXe siècle. Le journal connaît un succès phénoménal auprès de la population. Par exemple, des chauffeurs d’autobus scolaires laissent traîner à l’occasion des exemplaires sur les banquettes pour que des élèves puissent en prendre connaissance.

Jacques Lacoursière est aussi le coauteur de Canada-Québec, synthèse historique. Paru pour la première fois en 1968, mis à jour et réédité constamment pendant plus de cinquante ans, cet ouvrage, qui n’est pas un manuel scolaire, a pourtant formé plusieurs générations d’élèves du secondaire. Chose rare à l’époque des premières éditions, ce livre initiait les lecteurs à l’histoire non seulement par le propos des auteurs, mais aussi parce qu’il donnait à lire directement des sources et qu’il éduquait le regard sur les abondantes reproductions d’illustrations historiques.

La vocation d’éducateur et de vulgarisateur de Jacques Lacoursière s’est aussi déployée au long des années 1970 dans le projet Nos racines, l’histoire vivante des Québécois, préparé en collaboration avec l’historienne Hélène-Andrée Bizier. Cette encyclopédie paraissait sous la forme de fascicules à relier, publiés chaque semaine et vendus dans tous les kiosques à journaux et les supermarchés. Puis, dans les années 1990, ce furent les cinq tomes de l’Histoire populaire du Québec, qui, à son tour, a elle aussi connu mises à jour et rééditions jusqu’à nos jours. Jacques Lacoursière a de plus enregistré des capsules historiques de quelques minutes, diffusées à la radio pendant plusieurs années.

Il a toujours participé aux grands événements publics à connotation historique, comme les Fêtes de la Nouvelle-France à Québec.

Enfin, il a été expert-conseil pour de grandes séries historiques présentées à la télévision. On pense ici à la série Duplessis, scénarisée par Denys Arcand à la fin des années 1970 et présentée à Radio-Canada, ou, en 1996, à la série Épopée en Amérique, réalisée par Gilles Carle.

Jacques Lacoursière avait le souci de présenter aux Québécois une histoire sérieuse, documentée, de haut niveau, susceptible de développer réellement leurs connaissances et leur conscience historique, mais dans des formats accessibles et agréables. Il fut un formidable passeur.