Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Il faudra plus que Fred

Article réservé aux abonnés
ÉDITORIAL / La voix et l’imaginaire de Fred Pellerin seront à l’honneur aux Forges du Saint-Maurice. 

C’est un véritable coup de maître que réalise ainsi Parcs Canada pour redonner un peu de lustre à ce lieu historique national qui avait grandement besoin d’amour.

Mais malgré cette belle idée et cette association prometteuse, il ne faudrait surtout pas tomber dans le piège de croire que cela va régler tous les problèmes aux Forges du Saint-Maurice. Le lieu, on l’a maintes fois répété, a besoin d’investissements pour remettre ses infrastructures en état et pour relancer son positionnement touristique.

L’avantage, en proposant une visite audioguidée avec le récit et la voix familière de Fred, c’est qu’on vient créer un facteur de curiosité considérable. Cela pourrait non seulement juguler la baisse dramatique de l’achalandage aux Forges mais même lui redonner un certain élan. La créativité et la notoriété du conteur constituent des éléments non négligeables pour créer un produit original et attrayant.

La création de Fred consistera en un parcours déambulatoire audioguidé de 75 minutes sur le site, qui se fera sous forme d’un faux documentaire en 14 capsules. Cette visite s’harmonisera avec les informations déjà mises en valeur sur différents panneaux d’interprétation, notamment.

Augmenter le nombre de visiteurs est une chose, mais il importe aussi de préserver la valeur patrimoniale du lieu historique, de maintenir les infrastructures en bon état et de rendre le site plus vivant. Pour cela, il faudra plus que la voix et le talent de Fred.

Les Forges du Saint-Maurice ont besoin d’une intervention-choc de la part du gouvernement fédéral. Sur le millier de lieux historiques nationaux au pays, 170 sont, comme les Forges, administrés par Parcs Canada. Le problème des lieux historiques nationaux, on le sait, est que le financement n’a jamais réellement suivi les intentions nobles derrière la désignation. Et quand on laisse aller pendant quelques années, on arrive à un point, comme cela semble être le cas aux Forges, où même la protection des vestiges est menacée.

Voilà un peu plus de cent ans que les Forges ont obtenu la désignation de lieu historique national du Canada. Cela devrait normalement venir avec un engagement pérenne d’assurer la conservation et la mise en valeur du site. Mais force est de constater que le financement s’est effrité au fil des ans et que l’endroit n’a pas eu droit à un entretien ou à une mise à niveau acceptables.

Au cours des dernières années, une visite sur le site pouvait constituer une expérience décevante pour quiconque avait pu se rendre aux Forges dans les belles années de son apogée touristique.

En 2019, Parcs Canada avait lancé un processus de consultation pour la révision du plan directeur du site. La baisse du nombre de visiteurs avait alors été clairement identifiée comme enjeu dans la mise en contexte de cette démarche, la fréquentation étant, disait-on, inférieure au potentiel du site. Avant 2012, le lieu accueillait en moyenne 15 000 visiteurs annuellement. Entre 2012 et 2014, la réduction de la période d’ouverture et du nombre d’événements a entraîné une baisse de fréquentation de 50 %. De 14 350 visiteurs en 2012, on était passé à 7054 visiteurs en 2014.

Aujourd’hui, le site demeure apprécié par les promeneurs et les randonneurs puisqu’on y trouve des sentiers magnifiques.

Mais quelque réjouissant que soit cet achalandage, il n’est pas collé à la mission même du lieu historique et, surtout, il n’apporte pas de revenus qui permettraient de remettre le site sur la voie du développement.

Outre la baisse de fréquentation, Parcs Canada avait aussi identifié comme enjeux principaux la dégradation des vestiges archéologiques et des installations d’accueil des visiteurs, de même que la nécessité de reconnaître, d’honorer et de présenter les différents avantages de ce site historique.

De nombreux citoyens, historiens, passionnés d’histoire, élus ou candidats politiques avaient soulevé des inquiétudes lors des rencontres concernant le plan directeur. Il serait peut-être temps que Parcs Canada profite de l’annonce de bonnes nouvelles comme celle de la collaboration avec Fred ou celle concernant cette nouvelle expérience immersive au haut fourneau, dévoilée discrètement en décembre dernier, pour faire une mise à jour des démarches entourant le renouvellement du plan directeur.

Au cours des derniers jours, le ministre François-Philippe Champagne s’est réjoui, par le biais d’une courte vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, de la collaboration entre les Forges et le célèbre conteur. Mais il faudra certainement que le ministre talonne ses collègues pour ne pas que de telles annonces donnent l’impression que le fédéral a répondu aux attentes de la population et des intervenants politiques et touristiques de la région concernant le développement des Forges du Saint-Maurice.

Parce que là-dessus, il reste encore beaucoup de travail à faire.