Dans le dossier complexe du bruit causé par les hydravions dans le secteur Lac-à-la-Tortue, il conviendrait sans doute, selon l'auteur de cette lettre, d'avoir en tête ce proverbe selon lequel un mauvais arrangement vaut mieux que le meilleur des procès.

Hydravions touristiques: pour faire bouger les lignes

À nouveau, il s'impose de mettre les pendules à l'heure: les 1240 personnes toujours incluses dans le recours collectif ne sont ni des personnes capricieuses, intolérantes et vindicatives qui régissent anormalement et de façon exagérée au bruit découlant des hydravions touristiques depuis 22 ans.
Ces citoyens ne font que défendre un bien plus précieux que l'argent qui repose sur des valeurs non mercantiles se déclinant par les mots santé, qualité de vie et jouissance paisible de leur propriété.
D'ailleurs, comment expliquer qu'avec une telle réputation d'intransigeance, la Coalition contre le bruit en soit arrivée à une entente avec la Ville de Shawinigan? La recette est simple: mélange de concessions réciproques et volonté d'en arriver à une entente gagnant-gagnant.
Un tel résultat pourrait-il se répéter avec Bel-Air Aviation? Si l'on se réfère à la déclaration publique récente de «vouloir se rendre jusqu'en Cour suprême s'il le faut», il faudrait prendre acte que la messe est dite jusqu'à l'épuisement des recours.
Cadenassé dans ce scénario jusqu'au-boutiste avec ce mélange de culot et d'entêtement à toute épreuve qui fait paraître son propriétaire invulnérable, comment s'opposer à une déclaration énoncée avec l'incomparable autorité naturelle qui émane de son verbe et de sa personne outre qu'il énonce clairement la promesse qu'il engage?
Avec le recul, en raison des risques pour la pérennité de l'entreprise, cette déclaration me parait invraisemblable surtout lorsqu'on se rappelle l'enseignement du proverbe «qu'un mauvais arrangement vaut mieux que le meilleur des procès».
Et si, malgré la croyance de la défenderesse d'être dans son bon droit, une position toujours incertaine jusqu'au jugement, l'entreprise se retrouvait confrontée à un jugement défavorable, n'est-il pas raisonnable de penser qu'elle revêtirait le costume de la victime tout en ne se privant pas de diaboliser la Coalition contre le bruit, la rendant responsable du sort tragique de l'entreprise familiale?
Désormais, dans ce contexte de blocage et de fermeture, quelle perspective reste-t-il? Dit autrement, l'espoir d'un règlement est-il permis?
Avant de répondre à cette interrogation, une observation m'apparaît importante et elle porte sur la possibilité, évoquée par la défenderesse, de réclamer des dommages à la Coalition et ses administrateurs pour atteinte volontaire et manifeste à ses intérêts financiers et à sa réputation. Une telle «réserve de droits» peut aisément être associée à une menace et à de l'intimidation.
Loin de nous l'idée de priver la défenderesse de ce recours mais fallait-il dans un climat déjà tendu et rempli d'écueils inscrire cette demande dans le recours collectif? Dès lors, faut-il s'étonner qu'ils soient nombreux à considérer, à tort ou à raison, que cette demande au Tribunal vise subrepticement à intimider et pousser les opposants, les témoins plus vulnérables et les détractateurs à l'autocensure ou à les faire taire en menaçant de les épuiser financièrement et moralement.
Maintenant, dans un scénario idéal, quelle serait l'attitude d'un opérateur imaginaire exemplaire placé dans la même situation qui serait soucieux de l'acceptabilité sociale de son activité exercée dans le cadre d'un tourisme responsable et dont l'objectif serait, avant le prononcé du jugement, de faire bouger les lignes?
Ouvert aux compromis et décidé à prendre un virage environnemental, cet opérateur ne proposerait-il pas une réduction significative du bruit, graduellement si nécessaire, accompagnée d'un plafond journalier du nombre de départs empêchant les abus du «toujours plus» qui, au fil des saisons est devenu le seul mot d'ordre des opérateurs.
Et pour combler sa perte de revenus, inspiré par le succès de l'entreprise devenue le plus grand centre d'entretien d'avions et d'hydravions de l'est du Canada, l'opérateur imaginaire saurait faire preuve d'audace, d'innovation et de créativité.
Et si contre toute attente, un compromis intervenait, nombreux seraient les avantages pour la défenderesse: les frais de justice, les énergies et le temps passé au tribunal, le stress et l'angoisse quant à l'issue du procès sont autant d'éléments à prendre en compte. Sans compter le retour à la sérénité, au calme et à la tranquillité, des composantes de la qualité de vie plus précieuses que l'argent.
En outre, même dans l'éventualité de son rejet pour des raisons valables, cette démarche de bon citoyen corporatif n'aurait pas été inutile puisqu'elle aurait eu comme objectif ultime le vivre ensemble et l'harmonie de la communauté.
En guise de conclusion et afin de dissiper toutes ambiguïtés, il s'impose de préciser que les opinions exprimées dans cet article n'engagent que son auteur et doivent être considérées comme une contribution personnelle à un règlement pacifique du recours collectif.
Quant à ceux qui seraient étonnés de mon initiative, je leur réponds que je le suis moi-même, mais pas trop: j'ai tendance à me croire utile.
Claude Gélinas
Ex-médiateur accrédité
Shawinigan