La démolition de certains bâtiments du complexe des Soeurs de l'Assomption, à Nicolet, ravive de nombreux souvenirs chez celles qui sont passées par le collège Notre-Dame-de-l'Assomption au fil des ans.

Hommage au passé

Récemment, j'ai fait un pèlerinage avec ma mère. Revoir avec elle la maison où j'ai grandi et ce village devenu si petit que je voyais jadis si grand m'a fait grand bien. Nous avons partagé bons et mauvais souvenirs. Ça vaut probablement plusieurs heures de thérapie. De pouvoir le faire avec ma mère m'a grandement aidée, je crois. Merci à elle.
Et comme je passais par Nicolet, je suis allée rôder autour du Collège. J'ai pensé à mon adolescence bien sûr, mais disons que cette fois-ci, j'ai plus pensé à toutes les soeurs qui y ont passé une très grande partie de leur vie.  
À celles qui sont parties et qui n'ont pas vu tomber ces murs un après l'autre. Heureusement d'ailleurs pour elles. C'est une telle désolation. 
À celles qui restent et qui sont témoins, bien malgré elles, de cet événement teinté d'une infinie tristesse.
De voir les trous béants laissés par deux de nos pavillons. Plus rien! La Bibliothèque au travers de laquelle la pelle mécanique a commencé sa besogne.
Et en arrière du Collège... Ouf ! Pas de mots pour exprimer les tas de débris que j'y ai vus. Tout est clôturé bien sûr, mais je me suis frayé un chemin avec ma petite Micra jusqu'à la grotte désertée elle aussi de sa statue. Même la soeur souriante et gentille, rencontrée il y a deux ans, qui prenait soin des fleurs et des plantes autour de la grotte a baissé les bras.
Puis tout au fond, le cimetière aux monuments tous égaux dans la mort. C'est ce qui reste des soeurs fondatrices et de toutes celles qui ont suivi après elles.  
Toutes ces heures à prier, à aider, à enseigner, à cuisiner, à guider. Où va la foi quand tout tombe autour d'elle?
Ma mère s'est souvenue du retrait des soeurs des hôpitaux. Puis, de nos écoles. Du retrait du latin dans nos églises. Du français qui l'a remplacé! De son retrait à elle de son Église. Du changement de costume chez les religieuses. De la détresse de certaines d'entre elles de retirer le voile. 
De l'arrivée de la guitare et des applaudissements dans nos Églises. Du retrait de son père, de son Église à lui.  
De mon entrée au Collège. Je sais aujourd'hui que c'est le plus beau cadeau qu'elle m'a offert! Éducation et instruction.
Une pensée pour vous soeur Louise Lamothe, de votre sourire et de votre rigueur, pour vous soeur Lise de Grandpré, de votre sourire et de votre patience, pour vous feu soeur Régina Sauvageau (ma confidente thérapeute), pour vous soeur Thérèse de la procure, de votre sourire. Pour vous soeur Denise. Soeur Colette, soeur Rolande... Merci pour tout et bon courage dans cette épreuve.  
Je pense à nous, les élèves. Je pense à vous qui avez pris soin de nous. Je nous ai tant aimées. 
Et là maintenant, je dis adieu à mon enfance et à mon adolescence. 
Ginette Martel
Longueuil