Hommage à Maurice Carrier

Maurice Carrier est décédé le 5 mars dernier, à Québec. Ancien professeur à l'École normale Maurice L. Duplessis et à l'UQTR, où il a été directeur du Département des sciences humaines et directeur scientifique de la collection Robert-Lionel Séguin, ancien président de la Commission scolaire, officier de la Compagnie des Cent-Associés francophones, officier de l'Ordre national du Québec, il a été une figure marquante dans la région.
J'aimerais, en tant qu'ex-Trifluvien vivant maintenant en France, lui rendre hommage.
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Après avoir tenu feu et lieu pendant plus de 89 ans en ce pays;
Après avoir assumé avec simplicité, chaque jour, la «quotidienneté» des choses; 
Après s'être émerveillé tout autant devant un enfant qui joue que devant un ancien reprenant une vieille chanson de folklore; 
Après avoir fait de son métier d'enseignant un lieu de ferveur et d'accompagnement;
Après avoir fait du passé un lieu de mémoire et de l'avenir celui de l'espoir; 
Après avoir gardé précieusement le souvenir de la mère patrie, nommé et cité tout ce qui fait l'âme du pays;
Après avoir crû et affirmé avec Pierre Chaunu que «l'Homme est une histoire»;
Après avoir pris à coeur, à travers ses nombreux engagements dans la cité, son rôle de citoyen engagé; 
Après avoir été père et grand-père, un grand-père, comme le chante Félix dans Le tour de l'île, «au regard bleu qui monte la garde»;
Après avoir laissé dans son sillage laurentien, des courants d'étonnement, de générosité, de respect, de gratuité, d'amour, d'amitié..., 
Maurice nous a quittés.
En en-tête d'une lettre datée du 16 juillet 2003, il citait Gilles Vigneault: «Chacun porte son âge, sa pierre et ses outils, pour bâtir son village, sa ville et son pays». Tout au long de sa vie, Maurice Carrier a été un bâtisseur et son principal outil était son coeur. Et c'est ainsi qu'il tissait des liens avec tous ceux qu'il rencontrait et envers lesquels il n'oubliait jamais de signifier sa reconnaissance. Lors de la dernière rencontre avec lui, l'été dernier, alors que son état de santé ne lui permettait plus d'échanger au niveau intellectuel, en une demi-heure, à sept ou huit reprises, il a dit: «C'est un cadeau, merci».
J'ai connu Maurice Carrier à l'École normale Maurice L. Duplessis, en 1963, au tout début d'un cursus de quatre ans menant au baccalauréat en pédagogie. Pour l'étudiant que j'étais, il a été un modèle, un mentor, un maître de vie qui a marqué mon parcours humain et professionnel.
En guise d'adieu, cher Maurice, cette petite phrase: «Tu as été pour moi un cadeau, merci».
Michel Lemay
Blois, France