Heureusement, il y a les tiers partis!

Dans une lettre publiée dans l'édition du Nouvelliste du 6 mars, Gaston Bouffard invite ses concitoyens à confier un mandat majoritaire au Parti québécois. Pour ce faire, il appelle tout un chacun à «ignorer les tiers partis qui ne font qu'interférer dans le processus». Mais quel processus exactement?
Le processus électoral québécois, sur lequel monsieur Bouffard espère voir régner la logique implacable du bipartisme politique que la puissance coloniale britannique nous a légué en héritage.
Aux yeux de monsieur Bouffard, Québec solidaire, le Parti vert et Option nationale - qui ensemble ont recueilli 9 % des suffrages en 2012 - sont autant de nuisances politiques qui gênent la bonne marche du bipartisme britannique. Pour favoriser l'élection d'un parti souverainiste à l'Assemblée nationale, monsieur Bouffard n'hésite pas à ancrer ce legs colonial encore plus profondément dans notre conscience politique.
Voilà peut-être une illustration éclatante de cette pensée souverainiste myope pour laquelle seul le Parti québécois peut faire la souveraineté et que son accès au pouvoir importe davantage que celle qui consiste à s'émanciper des vestiges coloniaux qui, encore aujourd'hui, façonnent notre système - et notre pensée - politique.
Au reste, ni le renouvellement des idées, ni la diversité politique, ni même le changement tout court ne semble préoccuper monsieur Bouffard. Tout ce qui compte est d'élire le Parti québécois, quitte à taire d'autres voix également souverainistes réduisant ainsi l'exercice démocratique à un simple «cochez rouge, cochez bleu».
Comble de l'ironie: après avoir coulé le jeu politique québécois dans le moule du bipartisme anglais (et exclu au passage la majorité des formations politiques de la province), monsieur Bouffard souhaite que l'actuelle campagne donne lieu à un «débat d'idées».
Peut-être est-il sage de rappeler que l'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre; seule une diversité d'opinions, d'analyses et d'expériences peuvent assurer un débat de qualité. Aussi détestables soient-ils aux yeux des inconditionnels du Parti québécois, les tiers partis apportent au moins une garantie: celle qu'une élection soit plus qu'une longue énumération de promesses, mais précisément ce «débat d'idées» que monsieur Bouffard, bon prince, appelle de ses voeux.
Yvon Pinet
Trois-Rivières