Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.

Fluoration: un post-mortem

Le projet d'imposer la fluoration de l'eau potable à toute la population trifluvienne qui, majoritairement, n'en voulait pas, a échoué. Disons-le autrement: la volonté citoyenne de ne pas se laisser imposer un traitement médical litigieux a triomphé.
Nonobstant l'attitude et les propos bornés et dénigrants de 2 ou 3 animateurs ou animatrices radiophoniques, il est notoire que la plupart des médias régionaux permirent aux citoyens d'exprimer leurs connaissances, inquiétudes et revendications sur ce sujet.
Comme citoyen ayant milité pour empêcher le détournement du système d'approvisionnement en eau potable de sa fonction unique et vitale, je souhaite féliciter et remercier les journalistes, particulièrement ceux et celles du Nouvelliste, de l'Hebdo Journal et de Radio-Canada, pour avoir couvert ce sujet avec le plus d'objectivité possible.
Je tiens à souligner le fait que la section Opinions du Nouvelliste fut souvent l'unique tribune permettant aux citoyens de s'adresser librement et publiquement aux élus, les séances publiques du conseil municipal étant monopolisées par le maire alors qu'elles devraient justement être l'occasion par excellence d'échanges entre élus et citoyens.
D'ailleurs, les propos du maire révèlent encore une fois son incapacité chronique d'être à l'écoute de la population: pour lui, une pétition avec 18 000 signataires ne vaut pas plus que de la schnoutte. Plutôt que de sauter sur cette occasion d'admettre que les élus avaient le devoir de représenter les citoyens et de reconnaître leur volonté, pour justifier sa volte-face, il préfère prétexter un manque de collaboration de la part du MSSSQ, lequel pourtant préparait une nouvelle phase de propagande pro-fluoration et lançait son étude-bidon pour imposer la fluoration à toute la population. Le maire l'aura devancé pour se tirer d'affaire tout en sauvant la face sans reconnaître l'impact de l'action citoyenne.
En juillet dernier, en s'opposant à une suspension des travaux en vue de consulter les citoyens lors des prochaines élections, l'empereur avait aussi raté une bonne occasion de retrouver la confiance de ses sujets en reconnaissant qu'ils ont leur mot à dire pour décider ce qui est bon ou mauvais pour leur ville et leur santé.
Dans sa chronique du 26 novembre, Jean-Marc Beaudoin identifie clairement le véritable motif de notre grand démocrate: «Personne n'a été dupe des desseins qui se cachaient derrière la volte-face du maire... Il est clair que la manoeuvre était fortement colorée de teintes électoralistes.»
Par ailleurs, on pourrait saluer l'humilité avec laquelle le PDG du CIUSSS Martin Beaumont dit recevoir la décision, mais humilité devant le maire ou devant la population?
Le 22 novembre, une entrevue de TVA avec le pdg nous révèle qu'il faudrait désormais avoir recours à des moyens plus importants, plus coûteux et aux résultats plus imprévisibles, avec des stratégies plus spécifiques pour aller chercher les clientèles plus vulnérables, ce qui serait beaucoup plus dur, selon le pdg.
Ceci rappelle les questions restées sans réponse posées en 2015 par la CTETS à la DSP: «Sur quelles études comparatives et quelles évidences scientifiques fondez-vous votre affirmation que la fluoration est la méthode LA plus économique, sécuritaire et équitable?» et «Quelles sont ces autres méthodes de prévention de la carie dentaire déjà utilisées ou potentiellement utilisables?»
Permettons-nous ici de faire au pdg deux propositions prometteuses pour identifier et éprouver ces méthodes:
• Exiger du MSSS qu'il investisse le million récupéré sur la fluoration de Trois-Rivières en formation et prévention auprès des personnels directement concernés (écoles, CHSLD) plutôt que de diminuer du tiers les dentistes travaillant en prévention comme il souhaitait le faire pour rogner... un million;
• Entreprendre une campagne anti-surconsommation de sucre (principale cause de carie dentaire) avec la collaboration de l'UQTR (et ses nombreux départements en santé, dont médecine et sciences infirmières), qui accepterait sans doute (!) d'éliminer de ses machines distributrices les boissons sucrées et barres de chocolat en grand nombre, démontrant ainsi qu'elle priorise la santé buccodentaire estudiantine à ces revenus.
De plus, considérant la remarquable implication citoyenne des opposants à la fluoration, ils se joindraient certainement à ce mouvement, de pair avec COMSEP.
Robert Duchesne
Trois-Rivières