Et si on écoutait madame Normand?

ÉDITORIAL / La lettre de madame Françoise Normand, publiée mardi dans ces pages, avait quelque chose de touchant. Cette octogénaire de Trois-Rivières, adepte de natation et de baignade, se demandait comment il était possible que la Ville refuse de se pencher sur un projet de piscine intérieure publique. Sa voix s’ajoute aux milliers de personnes qui ont déjà signé une pétition à cet effet. Mais la Ville ne souhaite pas aller plus loin. Et c’est bien dommage.

C’est quand même ironique ce qui est en train de se produire à Trois-Rivières. La construction d’un colisée de 4400 places se poursuit, au District 55, avec en prime un délai de livraison et des dépassements de coûts. On n’a encore aucune idée de l’utilisation mais on construit. On nous dit que ça va être bon.

Jamais il n’y a eu, à Trois-Rivières, de mouvement citoyen pour demander un nouveau colisée de 60 millions $.

Reculons d’une douzaine d’années. Trois-Rivières décide finalement de se lancer dans un projet d’amphithéâtre extérieur au confluent du fleuve et de la rivière Saint-Maurice. L’idée avait été évoquée peu de temps avant la fusion, mais avait été reléguée aux oubliettes. Avant qu’on la ressuscite et qu’on en fasse la pièce maîtresse de Trois-Rivières sur Saint-Laurent.

Jamais il n’y avait eu, à Trois-Rivières, de mouvement citoyen pour réclamer un amphithéâtre extérieur de 60 millions $.

Pour une fois, des voix citoyennes se lèvent pour suggérer un grand projet d’infrastructures. Aux yeux de plusieurs, une piscine intérieure municipale, pour une ville de la taille de Trois-Rivières, ne serait pas un luxe. Mais sous prétexte de ne pas vouloir se lancer dans un nouveau grand projet, à la Ville on balaie cette idée du revers de la main. On justifie cette fin de non-recevoir par des chiffres de fréquentation qui démontreraient que les piscines existantes, celles des institutions postsecondaires particulièrement, ne sont pas utilisées à pleine capacité.

Est-il ici utile de rappeler que la piscine du CAPS de l’UQTR est fermée depuis plus d’un an et qu’on n’aperçoit toujours pas ne serait-ce que l’ombre d’une réouverture?

«Quand on pense que Trois-Rivières a une des populations les plus vieillissantes au Québec et qu’on sait que la natation et l’Aquaforme sont les meilleurs exercices pour garder en forme les personnes âgées, qu’on ne vienne pas me dire qu’une piscine intérieure municipale n’est pas nécessaire chez nous», plaide madame Normand. Plusieurs utilisateurs des piscines intérieures ont formulé des arguments semblables. Et dans plusieurs cas, leurs propos ne corroboraient pas les statistiques de fréquentation «insuffisante» avancées par les autorités.

Il y a quelques semaines, Isabelle Perron-Blanchette et Heidi Levasseur lançaient l’idée de trouver des partenaires pour un projet de piscine intérieure municipale. Elles faisaient aussi le constat des heures de baignade insuffisantes pour le public et des coûts prohibitifs imposés par les institutions où on trouve des piscines intérieures.

Mais la Ville dit toujours non. Alors que des complexes aquatiques municipaux accessibles et abordables voient le jour dans bien d’autres villes au Québec.

C’est la Commission sur la culture, les loisirs et la vie communautaire qui s’est penchée sur le dossier, en pleines vacances de la construction. Les six fonctionnaires, quatre élus et deux citoyens qui composent ce comité ont refusé d’aller plus loin dans l’étude de ce dossier, même avec la pétition de plus de 4000 noms lancée par Isabelle Perron-Blanchette en novembre dernier.

Le président de cette commission, François Bélisle, avait indiqué que la Ville essaie d’être «de moins en moins propriétaire» et s’en remet aux installations des partenaires institutionnels. Ce n’est pourtant pas ce que la Ville a fait dans les autres gros dossiers d’infrastructures.

C’est vrai que l’argent ne pousse pas dans les arbres, pour reprendre les paroles du conseiller Bélisle. Mais quand la population se donne la peine d’exprimer des besoins, de formuler des souhaits, on devrait en tenir compte. Ça arrive si peu souvent.