Et si c’était pour le mieux?

ÉDITORIAL / L’annonce de la conversion de l’urgence du centre Cloutier–du Rivage en une clinique interdisciplinaire où les services seront principalement offerts par une équipe d’infirmières praticiennes spécialisées n’est pas une grande surprise. Et cette solution pourrait bien être ce qu’il pouvait arriver de mieux pour ce centre de services du secteur Cap-de-la-Madeleine.

Ça fait des années que l’urgence de Cloutier–du Rivage est maintenue sous respirateur artificiel. Heures d’ouverture réduites, périodes sans médecin de garde en saison estivale, manque de personnel chronique, fermeture en soirée pendant certaines périodes, détournement des ambulances vers le centre hospitalier régional: tous ces symptômes laissaient croire qu’un jour ou l’autre, on allait revoir l’utilisation de ce centre de services et, du même coup, déployer de façon différente les services offerts.

C’est ce qui a été confirmé mercredi par les dirigeants du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. Le nouveau modèle, espère-t-on, devrait assurer la pérennité des services. Dès octobre, la clinique pourra recevoir des patients tous les jours, de 8 h à 20 h en semaine et de 8 h à 16 h le week-end.

Il est vrai que l’urgence de Cloutier–du Rivage n’avait plus grand-chose d’une urgence. La majorité des consultations à l’urgence de Cloutier–du Rivage étaient, selon le CIUSSS, des cas de priorité 4 ou 5, ce qui signifie que la vie du patient n’est pas en danger. La plupart de ces cas auraient donc pu être traités par une IPS.

L’interminable bataille pour le maintien de l’urgence était essentiellement politique. Dans la population, il se trouvait de moins en moins d’usagers pour s’indigner devant l’effritement des services offerts.

Cette fois, le changement de vocation ou de modèle est initié par le gouvernement en place. Et il ne se trouve pas, dans la région, de députés de l’opposition qui pourraient faire du chemin sur cette décision. Le seul à l’avoir fait, c’est l’ex-député de Champlain à l’Assemblée nationale, Pierre Michel Auger, qui déplorait cette décision jeudi dans certains médias. Il s’est toujours bien battu pour le maintien de l’urgence à Cloutier–du Rivage, mais cette fois, la décision semble irréversible.

La voix d’opposition a été celle du porte-parole libéral en matière de santé et de services sociaux, André Fortin, qui déplorait jeudi la décision de la ministre Danielle McCann et qui s’inquiétait pour l’embauche des ressources nécessaires à cette nouvelle clinique. Il demandait à la ministre de la Santé de revenir sur sa décision.

Et si cette décision était peut-être pour le mieux? Il est trop tôt pour le dire. Il ne faudrait pas, cependant, qu’une telle transformation ne serve qu’à maquiller une volonté de fermer complètement ce centre de services qui, rappelons-le, dessert une population avec des besoins particuliers. Le Bas-du-Cap est toujours un des secteurs les plus défavorisés de Trois-Rivières, voire de la région. Mais les services de santé que requiert la population de ce secteur sont certainement plus variés que des soins médicaux d’urgence.

La députée et ministre Sonia LeBel a raison lorsqu’elle remet en perspective l’offre de services à Cloutier–du Rivage et qu’elle fait allusion à la situation à la population vieillissante dans le secteur. La présence d’une urgence de jour n’est pas un facteur rassurant pour les personnes âgées, selon elle. Cette clientèle a davantage besoin d’une facilité d’accès au suivi médical que de consultations ponctuelles avec un médecin qui n’est pas le leur.

On peut avoir des doutes sur le réalisme des délais de mise en place de cette nouvelle clinique et d’embauche des nouvelles ressources. Mais la transformation de cette urgence longtemps dysfonctionnelle pourrait être un modèle porteur. Il faut, ici, donner une chance au coureur et s’assurer d’évaluer la fréquentation et la performance de cette nouvelle clinique de façon soutenue.