Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois

Et maintenant?

À titre de militant de Québec solidaire, j'ai participé à des campagnes de recrutement locales qui ont vu le nombre de membres en règle du parti, en Mauricie, passer de 300 à plus de 500 membres depuis le début de l'année.
L'argumentaire que je mettais personnellement de l'avant pour convaincre les gens d'adhérer à notre parti et notre cause faisait mention de la conjoncture, nommément l'usure du Parti libéral, le ras-le-bol des politiques d'austérité, le vent favorable qui semblait souffler sur les solidaires, avec entre autres le combat livré par Manon Massé pour sauver sa circonscription et, évidemment, les pourparlers autour de la convergence...
J'étais aussi présent au Conseil national de Québec solidaire de l'automne dernier à Québec. Les délégués y avaient alors entamé des discussions entourant un possible pacte électoral avec les péquistes.
Pour tout animées et nuancées qu'elles puissent avoir été, ces discussions semblaient faire état d'une inclinaison positive quant à l'idée de négociations avec le Parti québécois. Or, malgré l'esprit d'ouverture qui les animait, les délégués ont opté pour un report de la décision au congrès du printemps à Montréal. Les discussions avaient été intenses et l'énergie n'y était plus pour un vote final dans l'immédiat.
Les membres de la délégation mauricienne sont donc revenus du Conseil national de Québec optimistes quant à l'avenir et contents de voir le parti sembler vouloir prendre le pari de la voie pragmatique. Les discussions sur la convergence étaient récurrentes dans les réunions solidaires de la Mauricie depuis plus d'un an et les membres croyaient y voir une possibilité de mettre de l'avant des propositions importantes et réaliser des gains. Ne pensons ici qu'à la réforme du mode scrutin qui fait tant défaut à notre démocratie.
Ainsi, après y avoir cru, en avoir discuté et y avoir travaillé, la décision du congrès de Montréal d'imposer une fin de non-recevoir à la proposition du Parti québécois est amère et décevante pour les militants de la région.
Notons ici que les délégués de la Mauricie étaient peu nombreux à ce congrès; comprenons ce qu'il en coûte à ceux-ci - et aux militants de partout au Québec - d'aller passer quatre jours à Montréal, à leurs frais.
Les délégués des circonscriptions montréalaises n'ont, eux, qu'à débourser les frais d'un billet de métro pour aller se prévaloir de leur droit de vote sur les propositions mises de l'avant sur le plancher du congrès. Le résultat en est donc que ce sont les instances largement montréalaises qui ont scellé le sort du pacte électoral qui n'aura jamais lieu. On confirme du coup l'aura montréalisante qui colle à ce parti.
Passons sur les mots durs qui ont été émis à l'égard du Parti québécois et qui relèvent d'un mépris et d'une malhonnêteté qui n'a pas sa place dans un débat politique digne de ce nom. Le congrès de Montréal a opté pour l'intérêt du parti avant celui du peuple. Pour un parti qui prône l'ouverture et la solidarité, cela est navrant - et incongru. La main que tend maintenant Jean-François Lisée aux progressistes déçus me semble à cet égard beaucoup plus rassembleuse.
Sébastien Houle
Saint-Élie-de-Caxton