Selon l’auteur, Samuel Frigon a le «gène du canot», dans le sang.

En canot, depuis des générations!

OPINIONS / Au cours de la fin de semaine de la Fête du travail, des dizaines d’équipes de braves athlètes inscrits à la Classique internationale de canots sur le Saint-Maurice vont bientôt se lancer à l’assaut de notre rivière. Chacune et chacun des participants possède son histoire personnelle de pagayeur.

J’aimerais attirer l’attention sur celle exceptionnelle d’un des favoris de cette course, Samuel Frigon, passionné de ce sport d’endurance et de vitesse de course de canot long parcours depuis qu’il a 15 ans et qui se retrouve aujourd’hui, à l’âge de 23 ans, aux premiers rangs, parmi les meilleurs, après des années à pagayer sur les lacs et les rivières de la Triple Couronne, dont notre majestueux Saint-Maurice!

Samuel Frigon a le «gène du canot» dans le sang. Plusieurs membres de sa famille en sont porteurs! Rappelons-nous qu’en 2014, à sa quatrième course sur le Saint-Maurice, Samuel participait à la compétition avec son père Marcel et que le tandem s’était classé au 8e rang! En 2016 et 2017, c’était au tour de sa sœur Rosalie de s’embarquer dans les courses de la Triple Couronne. On la retrouve dans l’état de New York, à Cooperstown, puis au Michigan à la rivière Au Sable et à la Classique internationale de canots en Mauricie. Elle récidive en 2018 à la course marathon de la rivière Au Sable au Michigan. Deux autres femmes Frigon avant elle, Rachel et Pascale, une autre branche des Frigon, avaient aussi descendu la rivière Saint-Maurice en 2007 et réussi à terminer l’épreuve alors que 22 % des équipes avaient abandonné ou été disqualifiées!

Une de nos tantes, grande adepte de la généalogie, prétend que la fougue, l’endurance et l’aisance qu’ont ces Frigon à braver des longs parcours en canot leur vient de leurs ancêtres François et Jean-François, des voyageurs engagés aux 17e et 18e siècles pour aller traiter les fourrures avec les Amérindiens Outaouais, Illinois, Pouteoutamis, Sakis, Missisipis, Outagamis, Miamis, Winnebagos, etc.!

À cette époque où la seule voie de communication dans l’Amérique septentrionale était celle du fleuve et des rivières, c’est en canot que ces hommes ont pu, à partir de Batiscan où ils habitaient, se rendre entre autres à Michillimakinac, au Fort de la Baie-des-Puants, au Fort Chicapau, au Fort Saint-Louis, au Fort Crève-cœur, bref dans tous ces lieux situés dans les régions des Grands Lacs nommées alors les «Pays d’en Haut» et le «Pays des Illinois» (sud du lac Michigan et nord du Mississipi), en chantant À la claire fontaine! Des semaines sur l’eau, à pagayer! Débordant de la vallée du Saint-Laurent, la Nouvelle-France était alors en pleine expansion, les Français et les Canadiens nés ici explorant le nouveau pays et fondant de nouvelles villes et villages jusqu’en Louisiane.

On retrouve même le nom de Jean-François Frigon parmi les noms de la cinquantaine d’hommes réunis dans le convoi de Lamothe Cadillac parti fonder Détroit en 1701 et qui sont inscrits sur la plaque érigée par les Américains pour commémorer cette fondation «en reconnaissance du courage, de la persévérance et de l’expertise des Canadiens-français qui ont conduit Antoine de Lamothe Cadillac pour établir le premier établissement permanent au Détroit le 24 juillet 1701».

En ramant sur les rivières du Michigan, Samuel et Rosalie ont sans doute croisé les ombres de leurs ancêtres observant avec émotion les exploits de leurs descendants installés en terre d’Amérique!

Un peu plus de 350 ans les séparent, à peine 11 générations! Le canot endiablé de la chasse-galerie qui voyage dans le ciel aurait-il aussi traversé les siècles sur le fleuve et les rivières pour ensorceler Samuel? Le poète Alfred Desrochers, père de notre Clémence, qui, lui, rêvait «d’aller comme allait [ses] ancêtres», serait sûrement d’accord pour déclarer «fils de race surhumaine» ce jeune homme qui persiste dans la conquête de son rêve.

Nous souhaitons à Samuel et à Guillaume Blais, son équipier, la meilleure chance possible dans la course de la fin de semaine à venir. Nous sommes fiers de leurs hauts faits et de leur vaillance et nous saluons leur courage et leur détermination.

Michelle Desfonds

Montréal