En avoir gros sur le cœur

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / La voilà la preuve! Il fallait le voir pour y croire! Le voir, malheureusement, pour enfin y croire. Mais plusieurs le savent depuis longtemps, j’en suis.

J’enseigne depuis une trentaine d’années à Wemotaci. J’ai aussi enseigné une année à Opitciwan. C’est en ville que j’ai été témoin d’actes de racisme mais jamais dans ma communauté atikamekw, personne n’a jamais été raciste à mon égard. Au contraire, je me suis toujours sentie acceptée et appréciée.

Les Atikamekw sont des gens pacifiques, généreux et fiers de leur culture. Lors des pow-wow, entre autres, ils sont heureux d’accueillir les nombreux visiteurs allochtones et de partager avec eux une partie de leur culture. Les préjugés qui circulent toujours encore aujourd’hui contribuent à alimenter cette fausse représentation de l’Indien qui ne travaille pas, qui boit et qui ne paye rien. Cette attitude insinueuse des gens envers les Autochtones participe à leur discrimination. Cela relève de la méconnaissance des Québécois, et comme on dit, c’est parler à travers son chapeau!

Il y a longtemps, je prenais le train assez régulièrement. J’embarquais alors à Shawinigan ou Grand-Mère. Une fois rendue à La Tuque, on demandait aux Indiens de se regrouper dans le wagon du fond. Aujourd’hui, en y repensant, on les excluait du reste des voyageurs. J’avais remarqué que les contrôleurs n’usaient d’ailleurs pas de courtoisie à leur égard.

Une grande majorité de mes élèves se passionnent pour le hockey. On peut voir ça comme un exutoire. J’en ai entendu des commentaires de la part des élèves après une fin de semaine de tournoi (au moins 3 jours). À leur retour en classe, je leur demandais comment ça s’était déroulé. Ils m’informaient d’abord s’ils avaient remporté le tournoi ou perdu. Puis, ils me confiaient qu’ils s’étaient vus insulter par les joueurs de l’équipe adverse et par leurs parents dans les estrades. Kawich, maudits sauvages, etc. Mes élèves avaient la mine basse et en avaient gros sur le cœur, et ce, malgré une victoire. Je les écoutais, posais des questions. Ce sont des jeunes de 13 à 16 ans! ‘‘Soyez plus intelligents qu’eux, ne répliquez pas, ne vous vengez pas, soyez fiers d’être autochtones’’, c’est ce que je leur répondais. Mais en dedans de moi, la colère m’envahissait.

Il y a bien eu cette fois, au début de ma carrière à Wemotaci, où j’avais gardé deux élèves après la classe car ils s’étaient montrés irrespectueux. L’enseignant autochtone en éducation physique était venu les rencontrer à ma demande. Il avait su les calmer. Ce n’est que plus tard que j’avais appris que ces élèves perturbés avaient été abusés sexuellement par le curé du village. Il y a eu plusieurs suicides ou tentatives de suicide, par la suite, causées par cet homme.

Puis, récemment, une jeune femme ayant travaillé fort et fait beaucoup de sacrifices pour devenir infirmière, a accepté un poste dans un centre pour personnes âgées à l’extérieur de sa communauté. Sa sœur m’avait appelée pour me dire que celle-ci pleurait car elle subissait de l’intimidation par certains collègues de travail. D’autres collègues de différentes ethnies étaient aussi racisés. Les Québécois ont entendu parler des pensionnats où des atrocités innommables se sont produites tuant l’âme des survivants et abîmant les relations intergénérationnelles. De nos jours, il y a la question des territoires autochtones saccagés par les grosses compagnies forestières, puis, à l’automne, ces mêmes territoires, qui sont l’essence de l’identité culturelle, sont envahis par les chasseurs Blancs qui se disent chez eux partout de façon cavalière. Assez, c’est assez ! Dernièrement, il y a eu Joyce. Sa mort prouva ce que les Autochtones ont toujours connu, le racisme systémique. Et que penser de la mort de ces deux petits garçons à Wendake. Des signalements avaient été faits à la DPJ. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de suites? Le dossier a-t-il été mis de côté parce qu’ils étaient des Autochtones?

Joane Desaulniers
Grand-Mère