Quelque 1469 citoyens ont signé le registre relativement au règlement d'emprunt pour la construction du nouveau colisée alors que 2031 signatures étaient nécessaires pour obliger la Ville à mener un référendum sur ce projet.

En âme et conscience, un référendum

Il ne faut pas un grand degré de perspicacité au maire ainsi qu'aux conseillères et conseillers municipaux de Trois-Rivières pour s'apercevoir, à la lumière des 1469 signatures recueillies lors de la tenue de registre la semaine dernière, que le projet du nouveau colisée ne passe pas la rampe. Cela malgré qu'on n'ait pas atteint les 2031 signatures exigées pour la tenue d'un référendum.
Si bien qu'en âme et conscience, il faudrait qu'un tel plébiscite soit décrété. Avec des choix d'emplacements et de dimension du projet...
Voyez le portrait: bien qu'on se soit arrangé pour ne pas ébruiter cette consultation en omettant par exemple de la mentionner sur le site web de la Ville, il est venu plein de monde. Et pas seulement ces paranoïaques antifluor à qui le maire a donné la frousse un long moment et qui lui en veulent encore...
Mais le hic, c'est qu'avant le registre, on a déjà acquis le terrain où l'on va construire ce colisée et même donné le contrat des plans et devis.
C'est ainsi rendu difficile de reculer, de consulter pour vrai.
Mais qu'est-ce que c'est ça... que de procéder ainsi à l'envers? Dans sa chronique du 29 avril dernier dans Le Nouvelliste, Jean-Marc Beaudoin a pleinement raison de s'inquiéter des réformes qui, par dessus le marché, sont actuellement demandées à Québec par les municipalités et qui feront en sorte de permettre à celles-ci encore plus de souplesse, d'antidémocratie.
Comme s'il était permis, une fois élus, de voir nos maires ainsi que nos conseillères et conseillers municipaux faire ce qu'ils veulent de nos villes sans autres enquêtes sérieuses sur ce que souhaitent au juste leurs commettants.
Remarquez que c'est là, d'ores et déjà, que nous en sommes à Trois-Rivières! On se souvient, avec amertume n'est-ce pas, de la saga de l'amphithéâtre.
Vivement une course électorale cet automne où il faudra exiger des candidates et candidats de nous promettre une toute autre «démocratie» avec, à la clé, l'interdiction, par exemple, d'engager des dépenses somptuaires sans procéder préalablement à de bien meilleures consultations.
En tout cas, c'est vraiment déplorable, ce qui s'est fait autour de ce projet de colisée auquel je me suis intéressé de près. Je m'étais rendu à une assemblée publique du conseil exprès pour demander au maire pourquoi on ne construisait pas cet équipement au coeur de la ville sur les terrains de l'Exposition pour me faire répondre qu'en jetant le vieux colisée à terre, on se priverait pendant 18 mois d'une glace le temps de la construction du nouveau.
Mais qu'est-ce que c'est 18 mois, en regard de toute une vie à voir rayonner le nouveau colisée à proximité?, avais-je écrit dans une lettre parue dans Le Nouvelliste.
De même - autre point de vue -, il y a eu également une lettre dans Le Nouvelliste signée par de très nombreux athlètes demandant pour plus d'efficience que le colisée soit construit à proximité du Complexe sportif Alphonse-Desjardins dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. 
Non, on a préféré en somme un site artificiel, excentré - le terrain de jeu des promoteurs près du pont Laviolette - au lieu, à mon avis, d'un lieu central près du centre-ville, de l'hôpital, de l'université et du cégep...
Il y a eu un livre qui a été écrit dans les années 70 et intitulé La cité des promoteurs pour déplorer que l'expansion de nos villes en Amérique ait été non pas décidée par les élus et les urbanistes mais par les développeurs notamment de centres commerciaux; cela au détriment des citoyennes et citoyens.
Il y a plein d'espaces vacants, de terrains vagues et de bâtiments désaffectés dans Trois-Rivières qu'il nous faudrait d'une manière ou d'une autre occuper et ainsi densifier ce que nous avons, le mettre en valeur. Mais non, on préfère ouvrir encore et encore de nouvelles rues pour servir un affreux étalement qui, de surcroît, met la satanée voiture au centre de l'équation.
Réjean Martin
Trois-Rivières