Des milliers de personnes se sont rassemblées, le 21 janvier dernier, à Montréal, en solidarité  avec la Marche des femmes de Washington.

En 2017, les femmes poursuivent l'offensive

L'auteure, Véronique De Sève, est vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).
Deux mille seize. Il aura fallu des regains troublants de violence envers les femmes et le harcèlement dont plusieurs d'entre elles ont avoué être régulièrement la cible pour que nous reprenions le chemin collectif de la contestation.
Avec des campagnes comme Sans oui c'est non ou Ni viande ni objet, les femmes ont occupé le devant de la scène et exprimé leur colère devant des phénomènes qu'on espérait d'un autre âge. Cette colère, elles l'ont aussi manifestée ad lib, dans des mouvements sociaux spontanés auxquels prirent part de nombreux alliés de leurs causes. 
Les cas d'agressions qui se sont multipliés en 2016, les propos machistes balancés crûment, le sexisme ordinaire étalé au grand jour et la violence banalisée, autant de fausses notes qui ont dominé le concert de l'année dernière.
N'oublions pas notamment qu'un homme s'est immiscé, la nuit, dans les chambres d'étudiantes d'un campus de Québec et les a agressées sexuellement; qu'un animateur de radio commentant ces événements a comparé le viol à un vol de voiture; qu'il aura fallu une extraordinaire dose de ténacité aux femmes autochtones victimes d'agressions sexuelles à Val-d'Or pour qu'enfin le gouvernement Couillard daigne faire la lumière sur les violences systémiques dont elles sont victimes par une commission d'enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec.
Et voilà qu'on apprend maintenant, à travers la toute récente Enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire, que 37 % des personnes travaillant ou étudiant à l'université ont subi au moins une forme de violence sexuelle depuis leur arrivée entre les murs de cette institution.
Du côté de nos voisins américains, l'avenir n'est pas plus rose. L'élection d'un misogyne à la tête de l'État le plus puissant du monde a de quoi soulever incompréhension et inquiétudes. Avec ses propos dégradants pour les femmes, les accusations publiques d'agressions sexuelles ou bien son opposition avouée au droit à l'avortement gagné de si haute lutte, des millions d'Américaines sont déjà apeurées de l'avenir. Elles auront bien besoin de notre solidarité. 
Le legs de 2016 aura peut-être été de redonner aux Québécoises une voix plus revendicatrice. Mais pour être une société réellement égalitaire, il faut combattre quotidiennement les inégalités économiques, réduire la pauvreté, éliminer les écarts salariaux, tout faire pour enrayer les stéréotypes et la discrimination dans les sphères personnelle et professionnelle, agir sur les conditions de vie et de travail.
Par exemple, l'Ontario vient d'innover avec un projet de loi qui prévoit pour les victimes de violence sexuelle ou domestique une permission de s'absenter du travail. Celui-ci obligerait également les cadres à suivre une formation sur la violence en milieu de travail.
Les lois du travail ontariennes sont-elles en train de nous damer le pion en matière d'aide et d'assistance pour ces victimes? Ne serait-il pas souhaitable que le Québec s'inspire de l'Ontario pour amender ses propres législations?
En 2017, on se doit d'être féministe et de s'attaquer une fois pour toutes aux violences envers les femmes. Pour y arriver, nous aurons besoin de toutes et de tous.
Ça commence par l'arrêt du saccage des services publics auquel se livre le gouvernement Couillard et qui a engendré tant d'impacts négatifs sur la vie des femmes; par un appui financier important aux groupes de défense des droits des femmes qui font des miracles sur le terrain, dont les centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel; par un rehaussement du salaire minimum à 15 $ l'heure et par la lutte contre la discrimination systémique dans tous les milieux.
Être féministe en 2017 ne devrait jamais être dissocié de toutes ces quêtes justes et légitimes.