Opinions

Le temps de passer à l’action

Il n’aura pas fallu attendre trop longtemps avant de voir François Legault réagir concrètement à l’annonce de la fermeture de neuf magasins Rona au Québec. Après avoir critiqué durement le laisser-aller du gouvernement libéral dans le dossier de la transaction par laquelle le géant québécois était passé aux mains de Lowe’s en 2016, le premier ministre promet un plan d’action visant à maintenir les sièges sociaux au Québec.

L’intention est noble. Et il faudra voir jusqu’où les éléments de ce plan d’action iront pour protéger efficacement ce qu’on appelle encore les fleurons du Québec économique. Selon ce qu’on a pu apprendre, cet aspect constituera un des mandats d’Investissement Québec dans la foulée de la révision de son rôle, annoncé par la Coalition avenir Québec en campagne électorale. Il est notamment question d’une veille visant à intervenir avant la perte de sièges sociaux et d’un rôle dévolu à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Éditoriaux

Le grand «référentrump»

C’est jour d’élections chez nos voisins du sud. Le grand rendez-vous de la mi-mandat constitue un test pour les républicains et pour le président Donald Trump lui-même. Pour les démocrates, il s’agit d’une répétition, même sans véritable leader, pour les présidentielles qui auront lieu dans deux ans exactement. De façon générale, il s’agit en quelque sorte d’un grand référendum sur les idées et les méthodes de Donald Trump.

Aux États-Unis, le terme «referenTrump», sorte de mot-valise qui combine «referendum» et le nom du président, circule beaucoup. On comprend pourquoi.

Opinions

L’année de la petite révolution

Nouvelles façons de faire, rajeunissement du conseil municipal, préoccupation pour l’information et pour la transparence, nouvelle vision du rôle des élus, volonté de planifier à long terme: il y a bel et bien une petite révolution qui s’opère à l’hôtel de ville de Trois-Rivières.

Il s’en est passé des choses en un an sur la scène municipale trifluvienne. Rarement aura-t-on vu une première année d’un nouveau conseil aussi chargée et aussi lourde de conséquences sur l’administration municipale et sur la philosophie entourant la prise de décisions à l’hôtel de ville.

Patrick Duquette

Mourir avant son temps

CHRONIQUE / Avez-vous lu cette histoire à briser le cœur concernant l’aide médicale à mourir ?

Une dame de la Nouvelle-Écosse, atteinte d’un cancer du sein en phase terminale, a choisi de devancer la date de sa mort à jeudi de cette semaine — même s’il lui reste encore plusieurs semaines de qualité à vivre.

Audrey Parker, une résidence d’Halifax, est encore pleine de vitalité. S’il n’en tenait qu’à elle, la femme de 57 ans préférerait repousser le jour de l’injection létale à l’an prochain, ce qui lui permettrait de passer un dernier Noël avec les siens.

Mais elle craint que la progression du cancer ou encore l’effet de ses médicaments la prive subitement de la parole ou de sa lucidité. Du coup, elle perdrait aussi le droit à l’aide médicale à mourir. La loi canadienne stipule qu’une personne doit être en mesure de donner son consentement éclairé au médecin au moment même où celui-ci s’apprête à lui faire l’injection mortelle.

« Et moi, je ne veux pas courir ce risque, je ne veux pas manquer ma chance de recevoir l’aide à mourir », a confié Mme Parker au Globe and Mail. La dame a donc fixé la date de sa mort au 1er novembre. Elle avait prévu ingérer un dernier repas — des œufs bénédictines au homard — avant de monter dans sa chambre pour y mourir, entourée de ses proches. Le tout en déplorant amèrement que la loi canadienne l’oblige à quitter cette terre plus tôt qu’elle ne le souhaitait.

L’ironie, c’est que cette exigence légale d’un consentement éclairé immédiatement avant de recevoir l’aide à mourir a été pensée comme un garde-fou. On voulait éviter des dérapages, tout en donnant la possibilité au patient de changer d’idée à la dernière seconde. En pratique, cette disposition provoque des souffrances inutiles, voire inhumaines. Elle va à l’encontre de l’esprit même de la loi qui est de rendre la mort des grands malades plus digne et plus douce. 

C’est complètement absurde que des gens atteints d’un mal incurable, comme Mme Parker, se sentent obligés de sacrifier du temps de qualité avec leurs proches pour éviter de perdre leur droit à l’aide à mourir. C’est tout aussi idiot que des patients très malades cessent de prendre leurs médicaments antidouleur pour demeurer lucides jusqu’au moment fatidique — endurant dans l’intervalle des souffrances atroces et inutiles.

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Le cas de Mme Parker soulève en fait la délicate question du droit des personnes inaptes à recevoir l’aide médicale à mourir. Un sujet complexe, entre autres parce qu’il est impossible de confirmer le désir de mourir à partir d’un certain stade de la maladie. On pense par exemple aux personnes atteintes d’Alzheimer. 

Ni au Canada ni au Québec, on a voulu étendre l’aide médicale aux gens atteints de démence. Sans doute par prudence, mais aussi pour s’assurer d’obtenir un maximum d’adhésion aux nouvelles législations. Mais il faudra un jour ou l’autre se pencher sur cette épineuse question. La réalité va nous rattraper bien assez vite. Le quart des personnes de 85 ans et plus a des chances de souffrir d’Alzheimer. 

Avec le vieillissement de la population, il y en aura de plus en plus. La pression sur les CHSLD et les proches aidants deviendra vite intenable.

Dans ce débat, il est particulièrement intéressant d’entendre ce que les proches aidants ont à dire. Une étude de l’Université de Sherbrooke est éclairante à ce sujet. 

Près de 78 % des proches aidants, ceux-là même qui prennent soin des gens atteints d’Alzheimer, ont soutenu que s’ils avaient eux-mêmes la maladie, ils rédigeraient une demande préalable d’aide à mourir. 

Est-ce la voix du gros bon sens qui se fait entendre à travers eux ?