Le ministre des Finances, Bill Morneau

Y a-t-il un train à l’horizon?

ÉDITORIAL / Outre des attentes plus générales, communes à celles d’autres régions semblables au Québec ou au Canada, la Mauricie a rarement eu de grandes attentes spécifiques à l’approche d’un budget fédéral. Il faut dire «rarement» parce que depuis quelques années, les attentes quant à l’annonce du financement d’un projet de train à grande fréquence sont considérables, répétées et encore sans réponse véritable. Se pourrait-il qu’il y ait un espoir en ce jour de budget fédéral?

On se souviendra que l’an passé, un vent de déception avait déferlé à la suite de l’absence de l’expression, dans le budget du ministre Morneau, d’une volonté ferme d’aller de l’avant avec ce projet. Cette déception a parfois été teintée de résignation et de résilience: on se disait que les chances de voir le projet apparaître dans le budget allaient être meilleures cette année, surtout à sept mois des élections.

Ce n’est pas d’hier que la région nourrit des espoirs quant au retour d’un train de passagers à Trois-Rivières. Le projet de train à grande fréquence dans le corridor Toronto-Québec, défendu avec enthousiasme par VIA Rail, est une occasion à saisir, surtout dans un contexte où on plaide pour des transports collectifs plus efficaces et plus verts.

Cela fait maintenant trois ans que le fédéral a annoncé 3,3 millions $ pour réaliser une étude sur un éventuel service ferroviaire à grande fréquence. Le rapport de cette étude de viabilité était attendu avant la fin de 2017. Depuis cette échéance, le fédéral dit «soutenir l’étude approfondie continue de la proposition de train à haute fréquence».

En novembre dernier, dans le cadre d’un forum municipal sur le transport ferroviaire qui se tenait à Trois-Rivières – quelle ironie! –, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, avait mentionné que le projet de TGF faisait toujours l’objet d’une analyse et que les études n’étaient pas complétées. C’est lui-même qui, en avril dernier, disait que son gouvernement allait annoncer d’ici la fin de l’année son intention ou non d’embarquer dans l’aventure du train à grande fréquence. Avant de trancher, disait-il, le fédéral souhaitait avoir des études plus précises sur les intentions de la population concernant l’utilisation éventuelle de ce moyen de transport.

Voilà l’exemple d’un dossier où on semble se réfugier derrière la nécessité de multiplier les études pour justifier un immobilisme navrant. Lors du forum sur le transport ferroviaire, le même ministre Garneau invitait à la patience.

La région, sa population, ses élus et ses décideurs ont déjà fait preuve de beaucoup de patience dans ce dossier.

La Mauricie, avec son bassin de population de plus d’un quart de million de personnes, est privée du service de train de passagers depuis 1990. Le discours entourant le transport collectif interurbain durable n’a jamais été aussi fort et aussi pertinent qu’il l’est ces années-ci. Le projet de VIA Rail répondrait directement à la volonté de diminuer les émissions de gaz à effet de serre et d’offrir à la population un mode de transport rapide, efficace et écologique.

Même le premier ministre Justin Trudeau avait déclaré, dans une entrevue éditoriale pour le Groupe Capitales Médias, que «c’est le genre d’investissement auquel les gens s’attendent».

Jusqu’à quand? Ça, c’est la grande question. L’occasion serait belle d’envoyer un message clair et de faire la démonstration qu’il est possible de poser des gestes conformes au message qu’on véhicule depuis plusieurs mois déjà.