Le moins que l’on puisse dire, c’est que Walmart Canada se retrouve au cœur d’un tourbillon médiatique qu’elle n’a sans doute pas vu venir.

Walmart: quel manque de classe!

ÉDITORIAL / Heureusement qu’il y a l’indignation et la solidarité. Elles atténuent un peu les effets négatifs de cette décision de Walmart Canada de mettre fin au programme d’intégration au travail de personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Une décision qui lève le cœur.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Walmart Canada se retrouve au cœur d’un tourbillon médiatique qu’elle n’a sans doute pas vu venir. Comme publicité négative, on saurait difficilement trouver mieux. En plus, cette décision survient quelques jours seulement après la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle, qui avait lieu du 11 au 17 mars, et à la veille du Mois de l’autisme, qui commence dimanche. Ce lundi, c’est la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme.

Mais voilà. Pour dix-neuf personnes de la région appartenant à un de ces deux groupes, c’est la fin de leur emploi dans un Walmart du coin. La compagnie, qui est en train de laisser déraper cette crise, tentait vendredi de jouer sur les mots. Walmart se défend d’avoir «congédié» des employés, puisque dans les faits, ce sont des personnes qui participent à un programme volontaire coordonné par des agences locales comme le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, qui se sont associées aux magasins pour offrir un environnement dans lequel ils pourraient s’impliquer.

Ces personnes ne reçoivent pas de «salaire» à proprement parler, mais une compensation de 6 $ par jour pour ne pas que cela affecte le montant des prestations de solidarité sociale qu’ils reçoivent déjà mensuellement.

Au-delà du fait qu’on joue sur les mots, il y a des personnes atteintes d’une déficience intellectuelle ou d’un trouble du spectre de l’autisme qui, cette semaine, ont été déracinés de ce qui était devenu pour elles un milieu de vie, un milieu d’épanouissement et de valorisation. Un milieu de socialisation, aussi.

Et c’est là que la décision de Walmart est purement ignoble.

Elle va à l’encontre des principes d’inclusion sociale et de participation sociale qui devraient normalement faire la fierté d’entreprises de cette envergure.

Pire encore, la compagnie a justifié sa décision d’une manière incompréhensible, avec la plus belle des langues de bois. Walmart Canada dit avoir révisé son programme de formation professionnelle en tenant compte «des changements à la législation», de ses «propres politiques», afin de s’«assurer de travailler de façon efficace et pertinente».

Bien sûr que les 19 personnes touchées par cette décision de Walmart sauront se retrouver un nouveau «plateau» d’intégration en milieu de travail. Il faut d’ailleurs saluer le geste de plusieurs entreprises de la région qui ont réagi à la nouvelle et qui sont prêtes à accueillir des participants. Dans la région, c’est plus de 900 personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme qui prennent part à un programme d’intégration dans 24 centres de jour, 34 entreprises et 160 milieux de stage.

Walmart faisait certainement une différence, non seulement pour les participants qui y étaient accueillis et qui y travaillaient avec tout leur cœur, mais aussi pour le réseau d’employeurs qui pouvaient légitimement se dire: si Walmart le fait, faisons-le. Ça ne peut qu’être bon pour notre entreprise.

Mais le géant du commerce de détail a choisi de mettre fin abruptement à sa participation au programme en question. Sans véritable préavis. De manière carrément sauvage. C’est comme si on avait dit à ces personnes différentes qu’elles ne pouvaient plus travailler chez Walmart parce que c’est devenu trop compliqué.

S’il y avait des irritants dans ce programme pour lequel elle était partenaire depuis plus de vingt ans, l’entreprise aurait au moins pu chercher à les aplanir plutôt que de faire table rase et de renvoyer à leur solitude les principaux acteurs de ce modèle d’intégration.