Christian Lalancette et les Archives du Séminaire Saint-Joseph.

Veut-on vraiment tuer les archives?

En est-on vraiment rendu là? Au Québec, on est en train de faire subir aux services d’archives privées un véritable supplice de la goutte. Les coupes dans le financement gouvernemental provoquent l’effritement des services offerts et la réduction des effectifs déjà minuscules. C’est une mort à petit feu et c’est carrément inacceptable.

Dans la région, les Archives du Séminaire Saint-Joseph et celles du Séminaire de Nicolet sont frappées de plein fouet par les changements apportés par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) aux modalités de gestion des programmes touchant les archives privées. Si rien n’est fait, la Mauricie pourrait d’ailleurs devenir, dès 2020, la seule région administrative du Québec dont le service d’archives privées agréé ne recevra plus de soutien de l’État.

Pourtant, lorsqu’il a été mis en place au début des années 90, le système d’agrément et de financement des archives privées visait à permettre le fonctionnement de centre d’archives privées et le maintien d’une offre de services indispensables dans les régions. Des services que les archives nationales ne peuvent assumer à elles seules, en quelque sorte, parce que le mandat est différent ou que le volume deviendrait trop important.

Bibliothèque et archives nationales du Québec a procédé, au cours des trois dernières décennies, à la mise en place graduelle d’un réseau de services agréés qui, dans l’ensemble du Québec, constituent les partenaires privilégiés de ses centres régionaux en ce qui a trait à l’acquisition, à la conservation et à la diffusion des archives d’origine privée. L’agrément confirme la haute qualité et la performance de ces organismes. Il devrait aussi, normalement, ouvrir la porte à une aide financière.

Or, on apprenait récemment que quatre centres d’archives dont l’agrément est récent ne reçoivent aucune subvention de BAnQ. Et que des services existants, agréés depuis le début du programme, sont privés de l’aide financière qu’ils avaient l’habitude de recevoir. C’est le cas des Archives du Séminaire Saint-Joseph. Le service recevra une aide de transition de 16 000 $, ce qui est deux fois moins que ce qu’il a déjà reçu et qui n’est évidemment pas un montant récurrent. Résultat: un emploi de technicienne sera perdu.

Tout un cadeau pour un service d’archives qui célèbre cette année son centième anniversaire d’existence...

Tout ça parce que BAnQ a choisi de favoriser, pour l’octroi de subventions, la performance en matière d’acquisition, de traitement et de diffusion des archives privées. Comment peut-on bâtir de tels critères de performance quand des services d’archives sont portés à bout de bras par un responsable, parfois appuyé par un seul autre employé, souvent à temps partiel?

À n’en pas douter, Bibliothèque et Archives nationales du Québec peine à soutenir adéquatement les archives privées. Il faut que le gouvernement du Québec débloque des budgets supplémentaires pour éviter que les régions du Québec perdent de grands pans de leur mémoire ou pour éviter que celle-ci ne soit plus accessible.

Si certains centres d’archives envisagent déjà des moyens de couper dans leurs dépenses ou de générer des revenus – notamment la consultation sur rendez-vous seulement ou l’imposition de frais pour la consultation sur place –, le financement public devrait être, quant à lui, conséquent aux objectifs liés à la création des services d’archives agréés.

Récemment, la nouvelle ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a indiqué, en commentant la triste démolition de la maison Boileau, à Chambly, que cet événement démontrait l’urgence d’agir pour protéger le patrimoine. Il faut espérer que cette sensibilité se répercute aussi envers les archives, même si c’est moins apparent ou moins touristique que les maisons ancestrales ou les palissades qu’on découvre en plein coeur du Vieux-Québec.

On parle quand même, ici, des tiroirs de la mémoire du Québec.