Vers un duel Aubin-Lamarche

ÉDITORIAL / Il y a beau y avoir quatre candidats à la mairie de Trois-Rivières et on avait beau prédire que dans les faits il s’agissait d’une course à trois, le constat qui se dessine aujourd’hui est finalement celui d’une lutte à deux. À la lumière d’un sondage Mainstreet réalisé pour Le Nouvelliste, ça va se jouer entre Jean-François Aubin et Jean Lamarche. Et les prochaines semaines s’annoncent intéressantes.

À trois semaines et demie du scrutin, Jean-François Aubin affiche une avance de neuf points, ce qui est considérable. Et aussi bien dire les choses comme elles sont – même si c’est plate à dire –: il mène largement là où ça compte le plus: auprès des électeurs de 65 ans et plus.

Dans leur cadre habituel, les élections municipales affichent des taux de participation qui peinent à atteindre les 50 %. À Trois-Rivières, en 2017, seulement 48,6 % des électeurs s’étaient rendus aux urnes. Et c’était dans le cadre d’une élection générale qui impliquait un vote pour la mairie et un vote pour chacun des treize postes de conseillers qui étaient alors en élection. Malgré tout le contexte hautement médiatisé dans lequel elle a été déclenchée, cette élection partielle à la mairie ne fera pas courir les foules aux bureaux de scrutin.

Dans pareil cas, tout reposera sur la capacité des candidats à faire sortir leur vote. Et comme les aînés vont généralement voter en plus grand nombre, on concentrera certainement les efforts vers eux. Et s’il fallait que les jeunes électeurs (18-34 ans) décident de se rendre nombreux aux urnes, cela tomberait bien pour Jean-François Aubin: il mène largement là aussi.

Mais ce n’est pas gagné pour autant. Jean Lamarche, qui a repris de l’aplomb après un début de campagne laborieux, obtient 35,7 % des intentions de vote et il est le meneur chez les 35-64 ans et plus largement encore chez les 35-49 ans. C’est le cœur de la population qui travaille et qui paye des taxes. La tranche d’électeurs qui devrait, normalement, être la plus directement concernée par la majorité des décisions d’un conseil municipal.

Jean Lamarche obtient aussi un bon score en ce qui a trait au «capital de sympathie», ce sur quoi il peut tabler pour réduire son retard derrière Aubin. Et il faut reconnaître que 36 % des intentions de vote, pour un candidat qui accusait un déficit de notoriété par rapport à son principal adversaire, c’est honorable.

On se rappellera que lors de la dernière élection à la mairie, en novembre 2017, le candidat Aubin avait obtenu 44,7 % des voix, alors qu’un sondage paru trois semaines plus tôt ne lui donnait que 31,3 % des intentions de vote. Évidemment, ça peut s’interpréter de toutes sortes de façons. Mais ça démontre essentiellement une chose: Jean-François Aubin obtient, dans ce sondage Mainstreet, exactement le même score que celui qu’il a réalisé au scrutin de 2017: 44,7 %.

C’est tout un hasard. Mais ce que cela révèle, c’est qu’il semble donc y avoir, à Trois-Rivières, un bassin de plus ou moins 45 % d’électeurs qui sont disposés à voter pour Jean-François Aubin, quelles que soient les circonstances. Dans une élection à quatre ou une course à trois, ça suffit pour remporter l’élection. Mais dans une lutte à deux où les sympathisants d’Éric Lord ou de Pierre-Benoît Fortin pourraient être tentés de modifier leur choix, ça pourrait ne pas suffire.

Jean-François Aubin devra donc continuer à travailler et à ne rien tenir pour acquis. Depuis le début de la campagne électorale, il multiplie les annonces et démontre une connaissance pointue de la plupart des dossiers municipaux, aidé certainement par son expérience de conseiller municipal et de candidat à la mairie.

Même s’il n’a pas ce bagage, Jean Lamarche plaît aux électeurs qui voudraient de la continuité. Son défi sera de ne pas céder à la tentation de jouer le rôle de l’agressif de service pour espérer faire des gains. Cela pourrait lui nuire davantage.

Rien n’est encore joué dans cette course à la mairie. Un sondage, c’est une photo prise à un moment précis. Et en politique, même municipale, chaque semaine peut être une éternité.