Éric Lord

Utilisateur payeur: fausse bonne idée

Pour ceux qui l’ignorent encore ou qui n’en ont pas l’absolue certitude, la campagne électorale à la mairie de Trois-Rivières est bel et bien commencée. Depuis quelques jours, les candidats y vont de propositions, auxquelles réagissent inévitablement les deux autres adversaires. Les sujets sont nombreux: Vision Zéro, Jeux du Québec et, ces jours-ci, la question des services supralocaux. Cette fois, c’est Éric Lord qui a sauté dans l’arène pour proposer aux non-résidents une carte d’accès aux activités sportives et ce, à coût abordable.

L’idée est intéressante pour quiconque adhère au principe de l’utilisateur payeur. Mais ce n’est peut-être pas la meilleure façon d’aborder la question des équipements et des services supralocaux.

Éric Lord croit qu’on pourrait régler l’impasse concernant les frais qui doivent être imposés aux utilisateurs de l’extérieur de la ville en instaurant une sorte de laissez-passer dont le coût pourrait être d’une centaine de dollars pour un individu et de 150 $ pour une famille. Il croit que de tels montants sont raisonnables pour assurer une certaine équité. C’est certainement plus raisonnable que les montants exorbitants – et certainement dissuasifs – qui ont circulé dernièrement.

Déjà, il s’agit d’une évolution dans le point de vue du candidat Lord. Il y a un mois à peine, il estimait que Trois-Rivières devait reconsidérer la décision d’imposer des tarifs supralocaux. Cela ne concordait pas, disait-il, avec sa vision du développement de la ville. Il jugeait normal que des personnes de l’extérieur viennent pratiquer leur sport à Trois-Rivières, étant donné son statut de pôle régional. Les retombées économiques directes et indirectes de ces activités justifiaient son opinion de laisser tomber les tarifs supralocaux.

Un mois plus tard, il propose une formule d’utilisateur payeur. Une formule qui, même si elle est appliquée et jouit d’une certaine popularité ailleurs au Québec, est contestée parce qu’elle peut être discriminatoire.

Dans un dossier comme les services supralocaux, il est nettement plus avantageux de miser sur des ententes entre municipalités. Si une municipalité de petite taille n’a pas les moyens d’avoir un aréna ou d’aménager des terrains de tennis, elle devrait verser une compensation à la ville voisine qui accueille des résidents et ne pas laisser le fardeau des coûts aux résidents. Une famille moins nantie, déjà sollicitée financièrement par des frais d’inscription, de l’équipement, des allers-retours vers la ville-centre, pourrait ne pas pouvoir faire face à de tels coûts.

Les activités de loisir et de culture font partie de la fourchette de services qu’une municipalité se doit offrir, tout comme la protection contre les incendies, la collecte des ordures, les égouts, l’eau potable et le déneigement.

S’il y a une facture à refiler, c’est aux municipalités qu’elle doit l’être. À condition de demeurer dans les limites du raisonnable.

Le problème est là. Les villes ont la fâcheuse tendance d’être gourmandes et à gonfler les factures qu’on propose aux municipalités voisines. Les villes de centralité croient que leur rayon d’influence ou d’attraction représente maintenant une source potentielle de revenus de taxes.

L’ex-maire Yves Lévesque n’avait jamais été très chaud à l’idée de surfacturer les utilisateurs de l’extérieur. Il reconnaissait, en quelque sorte, le principe du retour du balancier, selon lequel des familles de l’extérieur qui viennent profiter des services qu’offre Trois-Rivières vont aussi y manger ou y faire des achats. On doit en effet tenir compte de cet apport économique non négligeable.

Il y a déjà quelques exemples de cartes d’accès qui honorent le principe d’utilisateur payeur, notamment à Gatineau, à Granby ou à Drummondville. Mais il y a certainement une autre avenue à privilégier: une discussion honnête et ouverte entre municipalités pour trouver des compromis acceptables.

Honnêteté, ouverture et acceptabilité. Trois mots clés à toujours avoir en tête dans un dossier aussi sensible.