Martin Francoeur

Une voix pour les désemparés

ÉDITORIAL / La situation au CHSLD Laflèche est encore alarmante. On ne sait pas combien de morts il faudra encore compter avant de voir des gestes significatifs être posés. Cet établissement, sans doute comme bien d’autres au Québec, a besoin d’une intervention rapide, vigoureuse et exceptionnelle. Au moins, il y a un encouragement: la députée de Laviolette–Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, se charge d’informer le premier ministre et la ministre responsable des Aînés de la situation telle que vécue par les courageux qui y travaillent encore.

La description de cet état de la situation donne froid dans le dos. Elle n’a rien à voir avec les versions officielles édulcorées et euphémisées qu’on nous sert. Ce qui se passe dans les murs du CHSLD Laflèche démontre que la situation est hors de contrôle.

La députée Marie-Louise Tardif a pu parler à quelques reprises avec des membres du personnel soignant de cet établissement. Plusieurs d’entre eux voulaient s’entretenir avec elle, ne sachant plus à qui s’adresser pour faire état de leur désespoir. Depuis plusieurs jours, elle appelle chaque jour, parfois plusieurs fois par jour. La députée a pris des notes et a transmis tout ça au premier ministre et à la ministre Blais.

Le plus frappant, c’est ce constat que dresse Mme Tardif comme entrée en matière: «Vous savez, je parle avec la haute direction du CIUSSS et avec le président du syndicat des préposés aux bénéficiaires, mais je n’ai pas les mêmes versions.» Les témoignages de membres du personnel deviennent donc éclairants: aucun plan de gestion d’urgence, aucune consigne de déshabillage des vêtements souillés, insalubrité des lieux surtout le soir et la nuit (aucun employé d’entretien pour cette période), poches de linge souillé qui restent sur le plancher pendant plusieurs jours, manque de personnel pour faire manger les résidents, uniformes fournis dans des tailles limitées, ce qui force des préposées à porter des pantalons trop longs qui traînent sur des planchers souillés, buanderie qui ne suffit pas, crainte de manque de matériel, équipement rationné, masques laissés sous clé... Des employés ont même voulu faire de la désinfection mais se le seraient fait interdire par leurs supérieurs.

Bref, le CHSLD Laflèche est une zone de guerre et il ne semble pas y avoir, sur place, de généraux compétents.

La gestion de la crise semble se faire du côté du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, où on dit que «la préoccupation est extrêmement grande». On veut bien croire les dirigeants, mais disons que les actions doivent maintenant être à la hauteur de ces préoccupations. Il y a bien eu des gestes posés, mais cela demeure timide. Et à en juger par les retards observés dans le récent déploiement de ressources additionnelles, cela semble extrêmement compliqué de faire avancer les choses.

Le CIUSSS considère la situation au CHSLD Laflèche comme un «défi colossal». Ce n’est pas en gardant les méthodes administratives habituelles, notamment dans le tri et le déploiement de volontaires, qu’on va venir à bout d’un défi colossal.

Ce qui se passe à Laflèche est anormal. Déjà, au cours des derniers jours, on avait pu prendre connaissance du témoignage bouleversant d’Élianne Picard, une préposée aux bénéficiaires qui travaillait au CHSLD Laflèche et qui s’est retrouvée aux soins intensifs, plongée dans un coma artificiel. Une autre préposée aux bénéficiaires de cet établissement est toujours aux soins intensifs. Elle a aussi dû être plongée dans le coma et placée sous respirateur au cours des derniers jours.

On compte 31 morts au CHSLD Laflèche depuis le début de la crise et 176 cas incluant les employés infectés. Qualifier cela de défi colossal et assurer tout le monde d’une préoccupation extrêmement grande face à cette situation ne suffit plus. Et il faudra plus que des médecins spécialistes, des enseignants en sciences infirmières ou des finissants en sciences infirmières pour en venir à bout.