Martin Francoeur

Une vitrine intéressante

ÉDITORIAL / Dans le contexte de la crise de la COVID-19, le gouvernement du Québec multiplie les mesures d’aide aux entreprises qui luttent pour leur survie. Au cours de la fin de semaine, on a annoncé la mise en place d’une plateforme répertoriant les détaillants québécois qui font du commerce en ligne, créant du même coup une mesure incitative forte pour soutenir l’achat de produits québécois. C’est une excellente initiative.

Baptisée «Le Panier Bleu», cette plateforme non transactionnelle présente l’essentiel des informations sur les produits et services disponibles pour les commerçants qui s’y affichent. Déjà, près de 1200 commerces y étaient inscrits lundi et il faut s’attendre à ce que cette liste s’allonge à mesure que les détaillants auront rempli le formulaire d’inscription.

Jusqu’à maintenant, il s’agit de la mesure la plus significative pour encourager l’achat local. Les consommateurs sont toujours libres de faire affaire avec qui ils veulent, mais quand survient une situation de crise aux impacts majeurs comme celle que nous traversons actuellement, le niveau de sensibilité envers les commerces locaux se trouve rehaussé d’un cran. Et c’est à ce moment que des outils comme le Panier Bleu deviennent importants.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, mentionnait que cette initiative avait pour but d’encourager les Québécois à privilégier les produits et les commerces d’ici tout en favorisant la pérennité des entreprises de toutes les régions du Québec. Il rappelait du même coup que chaque dollar investi compte et contribue à appuyer nos produits locaux et notre expertise, ce qui stimule davantage l’économie du Québec.

Le Panier Bleu n’est pas une panacée. Certains commerces et certaines entreprises ne pourront malheureusement pas survivre à la crise actuelle. Mais si une telle mesure contribue à faire augmenter la part de dépenses commerciales dirigées vers des entreprises locales, cela pourrait faire toute la différence pour le maintien des activités et du lien d’emploi de plusieurs de leurs travailleuses et travailleurs.


« Ce que donne Le Panier Bleu, essentiellement, c’est une visibilité accrue à des commerçants qui, autrement, n’en auraient que très peu. »
Martin Francoeur

 Souvent, les moyens de diffusion de leurs informations sont limités, tout comme peuvent l’être leurs budgets de publicité.

L’enjeu de la compétitivité demeure important dans un tel contexte. Si les entreprises se retrouvent dans une situation financière précaire, c’est tout aussi vrai pour les consommateurs qui pourraient être hésitants à devoir payer plus cher pour certains produits et services offerts par une entreprise québécoise. Il faudra voir quel pourrait être la zone d’équilibre entre la volonté d’encourager une entreprise locale et le budget disponible pour le faire. Le ministre Fitzgibbon avait indiqué dimanche que si chaque foyer québécois achetait 5 $ de plus par semaine de produits québécois, ce serait 1 milliard $ de plus qui serait ainsi injecté dans l’économie locale. Il faut se dire aussi que si le volume de ventes de certaines entreprises augmente, le prix pourrait suivre une tendance à la baisse.

Ce qui est intéressant à noter, enfin, c’est que l’initiative s’inscrit dans la même ligne que les campagnes d’achat local déployées par certaines villes ou municipalités au cours des dernières semaines. Trois-Rivières, par exemple, avait été parmi les premières à mettre en place et à soutenir une telle mesure. La Ville avait rapidement bâti une campagne publicitaire invitant la population à se laver les mains et «à se serrer les coudes» en encourageant les commerces locaux.

Le maire Jean Lamarche avait aussi invité les Trifluviens à modifier leurs habitudes de consommation pour accorder une place plus importante à l’achat local. Maintenant, c’est à l’échelle provinciale que ce message est lancé.

Souhaitons qu’il soit entendu par le plus grand nombre. Il en va de la survie de plusieurs commerces.