Yves Lévesque

Une triste sortie de scène

On ne se trompe pas trop si on dit qu’une page d’histoire de Trois-Rivières se tourne avec le départ d’Yves Lévesque. Mais c’est une bien triste sortie de scène pour cet homme qui aura laissé sa marque et qui aura soulevé les passions, celles de ses partisans aussi bien que celles de ses plus féroces détracteurs.

Ce que plusieurs appréhendaient s’est produit jeudi matin. Alors que son retour était envisagé pour les jours qui viennent, c’est finalement l’annonce de sa démission qui est tombée, pour des raisons de santé. C’est une sortie par la petite porte. Une démission par voie d’un communiqué d’à peine 150 mots, pour un homme qui est en poste depuis dix-sept ans, c’est un peu navrant. C’est une sortie qui n’est pas à la hauteur de ce qu’il a accompli.

Pourtant, au cours des dernières semaines, il était apparu dans des capsules vidéo pour l’inauguration du centre de congrès, pour la fête de Noël des employés municipaux et pour offrir ses vœux à la population à l’occasion des Fêtes de fin d’année. Mais pour ce qui est de sa décision de quitter ses fonctions, il a choisi de la transmettre par écrit. Les membres du conseil municipal l’ont appris officiellement jeudi matin, par le biais de son personnel politique. Le maire lui-même n’était pas là. On le dit en voyage aux États-Unis.

Ça illustre bien ce qu’on retiendra de lui. L’homme a fait de grandes réalisations pour la ville de Trois-Rivières: l’économie de la ville va bien, le positionnement touristique est une réussite, les infrastructures sont relativement en bon état, la population est en hausse. Mais c’est dans les détails, dans les façons de faire les choses qu’Yves Lévesque aura créé des taches à son propre dossier.

Les contestations populaires et les dissensions au conseil municipal, qui sont inhérentes au principe d’une saine démocratie municipale, l’ont toujours agacé. Les élus qui ne pensaient pas comme lui étaient des empêcheurs de tourner en rond. Pour lui, la Ville est une business et il faut à la fois plaire aux clients – les investisseurs – et leur offrir un service rapide et efficace. Quitte à parfois déplaire aux actionnaires – les citoyens.

L’homme n’a jamais fait l’unanimité. Et il aura eu le don de polariser l’opinion publique: ou bien on l’admire pour sa détermination et pour la passion qu’il a toujours eue pour sa ville, ou bien on le déteste pour son style autocratique. Depuis l’annonce de sa démission, les commentaires au sein de la population confirment cette dichotomie.

Parce qu’il est le seul maire que la nouvelle ville de Trois-Rivières ait connu jusqu’à maintenant, on retiendra aussi de lui le succès de la fusion municipale, pourtant imposée par le gouvernement provincial. Trois-Rivières a traversé ce chambardement sans grands vents de contestation. Au contraire, la Ville en est sortie plus forte, plus riche et plus rayonnante. À bien des égards, Trois-Rivières est devenue un modèle à suivre, ce qui n’avait pas été souvent le cas dans l’histoire récente. Et on le doit en bonne partie à Yves Lévesque.

Dix-sept ans comme maire de la nouvelle ville, presque trois ans comme maire de Trois-Rivières-Ouest et quatre ans et demi comme conseiller municipal de cette ancienne ville auparavant, cela donne une carrière politique municipale impressionnante qui s’est échelonnée sur un quart de siècle. À Trois-Rivières, seuls J.-Réal Desrosiers, avec 21 ans comme maire de Cap-de-la-Madeleine, et Gilles Beaudoin, avec ses vingt ans à la mairie de Trois-Rivières, revendiquent une plus grande longévité à la mairie.

En dix-sept ans, le visage de Trois-Rivières a changé, en bonne partie grâce à Yves Lévesque. Que l’on aime l’homme ou qu’on ne l’aime pas, il faut reconnaître son travail inlassable, son acharnement, sa vision et sa formidable capacité de convaincre et de séduire.

Dans sa vidéo qu’il a adressée aux retraités municipaux, le maire disait que lorsqu’il allait quitter l’hôtel de ville, il voulait le faire avec la conviction qu’il aura fait une différence.

Là-dessus, Yves Lévesque peut dire mission accomplie.