Martin Francoeur
Voilà que l’administration Trump songe à faire cesser l’exportation d’équipement de protection vers le Canada.
Voilà que l’administration Trump songe à faire cesser l’exportation d’équipement de protection vers le Canada.

Une timide menace de représailles

ÉDITORIAL / Ça joue dur dans le commerce de matériel médical. Après les histoires de détournement de commandes vers les États-Unis, voilà que l’administration Trump songe à faire cesser l’exportation d’équipement de protection vers le Canada. Le premier ministre Justin Trudeau a indiqué que cela serait une erreur. Mais derrière l’apparente timidité dans le propos, il y a un durcissement du ton. Une sorte de menace de représailles version canadienne, c’est-à-dire polie.

Décidément, les États-Unis sont prêts à tout pour obtenir la plus grande quantité possible de masques et de matériel de protection. Vendredi, le plus récent épisode nous était révélé par la compagnie américaine 3M, qui brasse aussi de grosses affaires à l’international. La compagnie, qui fabrique des masques de type N95, a confirmé avoir reçu une demande de l’administration Trump afin de cesser d’en exporter au Canada et dans les marchés de l’Amérique latine.

Inquiets des «implications humanitaires significatives» d’une telle mesure si la compagnie devait se plier à la demande de la Maison Blanche, les dirigeants de 3M se sont montrés réticents à appliquer la consigne présidentielle.

Le président Trump avait indiqué sur Twitter que la compagnie était assujettie au Defense Production Act, qui permet au gouvernement de donner des directives précises aux manufacturiers, notamment quant au type de produits à fabriquer en priorité. La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait pressé le président d’utiliser cette loi remontant à la Guerre de Corée, pour que l’industrie automobile puisse être mise à contribution dans la fabrication de respirateurs.

Si elle ne peut se soustraire à la directive présidentielle, l’entreprise 3M s’est tout de même permis de mettre en garde Washington. Dans un communiqué émis vendredi, la compagnie a indiqué qu’une telle contrainte pourrait engendrer une réplique des autres pays, qui pourraient être tentés de faire la même chose. Au final, cela pourrait nuire aux approvisionnements états-uniens.

Par exemple, une compagnie beauceronne qui fabrique des matériaux filtrants utilisés dans la confection de masques pourrait subitement cesser de fournir 3M, un de ses principaux clients. Bien sûr, 3M possède des usines de production en Chine, en Europe et aux États-Unis; elle a certainement d’autres fournisseurs. Mais du sable dans l’engrenage des approvisionnements est probablement la dernière chose dont la planète a besoin ces jours-ci.

Le Canada n’a pas l’intention d’en arriver à adopter des mesures protectionnistes justifiées par des motifs sanitaires. Du moins pas encore. Mais le premier ministre Trudeau a indiqué que son gouvernement travaillait très étroitement avec les États-Unis pour éviter que ce scénario se concrétise. Et il a tout de suite enchaîné en mentionnant l’exemple des infirmiers et infirmières de Windsor, en Ontario, qui travaillent chaque jour à Detroit, juste en face. Ou celui des produits médicaux qui traversent la frontière chaque jour.

S’il n’a pas été question de représailles à proprement parler, le message du premier ministre se veut dissuasif. Sa vice-première ministre, Chrystia Freeland, souhaite que le président recule sur cette idée.

Pour Donald Trump, il est clair que ça paraît bien de dire aux entreprises du pays qu’elles doivent faire oeuvre utile, sous des considérations essentiellement patriotiques. Les Américains en raffolent...