Une solidarité qui fait du bien

ÉDITORIAL / C’est une impressionnante vague d’amour et de solidarité qui a déferlé sur les artisans de la presse régionale, mercredi soir au musée POP. Elle prenait une signification toute particulière pour nous, journalistes et employés du Nouvelliste. Environ trois cents personnes de tous les milieux sont venues nous dire qu’elles tenaient à nous. À leur journal. À leur information régionale. Et ça, ça fait beaucoup de bien.

Depuis l’annonce de la mise sous protection des tribunaux, les employés du Groupe Capitales Médias vivent dans l’insécurité. Notre avenir se joue bien au-dessus de nos têtes. Mais au lieu d’avoir des mines basses, les employés ont décidé de demeurer optimistes et de continuer à faire ce qu’ils font de mieux: sortir un journal chaque jour.

Depuis le 19 août, alors que les difficultés financières de notre groupe – et de la plupart des médias, soit dit en passant – sont devenues publiques, tout le monde nous demande comment ça va. Comment est notre moral. Tout le monde nous dit que ce n’est pas possible de voir tomber les quotidiens dans six villes du Québec. Les encouragements sont au rendez-vous et ils sont, soyez-en assurés, très appréciés.

En fait, c’est ce qui nous garde motivés à faire notre travail du mieux qu’on peut.

Mercredi soir, la présence de nombreux intervenants des milieux politique, économique, social, communautaire, culturel, événementiel, sportif et éducatif nous a démontré que c’est toute une communauté qui était derrière nous.

J’y ai croisé des députés, des représentants de COMSEP ou d’IDE Trois-Rivières, des maires, des profs d’université, des fonctionnaires municipaux, des chefs d’entreprise, le directeur du Grand Prix, des chanteuses originaires de Trois-Rivières, une directrice de musée, un pilote automobile, des retraités, des étudiants et tant d’autres personnes encore.

À eux s’entremêlaient des personnes qui ont peut-être moins de notoriété publique mais qui ont une aussi grande importance à mes yeux: mon conjoint, mes cousines, mes tantes, mon oncle, les deux filles de ma collègue Paule, un collègue retraité, une amie de l’école primaire.

Il y avait aussi Johanne Pothier, ex-directrice du Conservatoire de musique de Trois-Rivières, qui avait été une des premières à me dire qu’elle allait assister à ce rassemblement. Elle y était. Et elle m’a dit quelque chose qui m’a touché. Je la cite de mémoire: «Quand on a failli perdre le Conservatoire à Trois-Rivières, vous étiez là. Les médias étaient là. Et ç’a été un facteur déterminant dans la décision de maintenir les conservatoires dans les régions. Le Conservatoire est encore là. Aujourd’hui, c’est nous qui sommes avec vous. Et dans quelques années, Le Nouvelliste sera encore là.»

Son message d’encouragement était touchant, mais il révèle quelque chose d’encore plus grand. Les voix pour le maintien des conservatoires dans les régions auraient été moins fortes sans les médias régionaux. Si la population s’est rassemblée aux côtés des élèves et des profs du conservatoire, en 2014, c’est en partie parce que les médias en parlaient. Comme ils ont parlé de tant d’autres enjeux au fil des ans.

Le rôle premier des médias régionaux et d’un quotidien comme Le Nouvelliste est d’informer, de renseigner, de vulgariser, de rappeler à l’ordre, de veiller au maintien d’une saine démocratie, de souligner les bons coups. Mais par ricochet, ces médias deviennent ainsi une sorte de ciment de nos communautés. C’est ce qui les garde tissées serré. C’est ce qui porte leur voix quand elles ont besoin de se faire entendre.

Et de constater que cette communauté a pris conscience, plus que jamais, de la fragilité de son quotidien et de ses médias locaux, au point de leur témoigner un immense appui, c’est rassurant.

Cette vague d’amour et de solidarité, à elle seule, ne sauvera pas – financièrement, on s’entend – les médias traditionnels. Mais elle témoigne de l’attachement de la communauté à l’information locale de qualité, ce qui peut être un facteur déterminant pour la suite des choses.