Robert Trudel

Une «retraite» méritée?

Comme ça, le directeur général de la Cité de l’énergie Robert Trudel, sur qui pèsent des soupçons d’inconduite sexuelle, a décidé de prendre sa retraite. C’est le président du conseil d’administration, Roland Desaulniers, qui en a fait l’annonce mardi. Dans un communiqué de presse, on parle d’une décision prise «d’un commun accord et avec sérénité».

«Commun accord» et «sérénité»? Vraiment? Premièrement, dans le contexte actuel, Robert Trudel n’est pas en position de demander quoi que ce soit. Deuxièmement, on parle de la sérénité de qui? De celle de Robert Trudel qui s’en sort quand même assez bien (pour l’instant) en quittant pour la retraite alors qu’on n’a même pas terminé l’enquête interne? La sérénité de la Cité de l’énergie qui est bien contente de se séparer officiellement de son directeur général déchu?

Mais que fait-on de la sérénité des cinq présumées victimes qui ont eu le courage de dénoncer les actes de M. Trudel? Mettez-vous deux secondes dans la peau de celles qui ont confié ce qu’elles auraient vécu à la journaliste de Radio-Canada. Elles doivent porter le poids de la preuve, décider si elles doivent porter plainte à la police, vivre avec la possibilité qu’il n’y ait finalement pas d’accusation, envisager l’intimidante idée de devoir témoigner en cour. Tout ça alors que M. Trudel, lui, peut aller profiter paisiblement de sa retraite? Tant qu’à y être, lui a-t-on versé une prime de séparation? Le président de la Cité de l’énergie refuse de répondre à cette question prétextant une entente de confidentialité. Vraiment? Ne s’agit-il pas d’une information publique quand on sait que la Ville de Shawinigan verse 600 000 $ annuellement à cette organisation touristique?

Cette «retraite» a des airs de sauf-conduit. M. Trudel a toujours bénéficié de cette «retenue» qui empêchait les gens de le confronter dans ces écarts pourtant évidents. Robert fait des jokes de «mononcle»? Pas grave, c’est Bob! Robert fume dans la Cité de l’énergie? Pas grave, c’est Bob! Robert est visé par des allégations d’inconduite à caractère sexuel, d’intimidation et de harcèlement? Pas grave, bonne retraite mon Bob!

On peut comprendre que la direction de la Cité de l’énergie et les élus de Shawinigan veuillent se séparer le plus rapidement possible de Robert Trudel pour préserver la réputation et la notoriété de la Cité de l’énergie qui est le moteur touristique de Shawinigan. En fait, il était primordial que Robert Trudel soit écarté des activités de la Cité de l’énergie. Il aurait été cependant plus respectueux envers les victimes de le suspendre sans solde jusqu’à ce que l’enquête soit terminée.

Il faut juste espérer que cette «retraite» négociée n’a pas été allouée pour protéger M. Trudel d’une perception collective de culpabilité qui aurait été associée à une suspension à long terme, à une démission ou à un congédiement. Est-ce que la Cité de l’énergie a agi de la sorte pour éviter d’éventuelles poursuites? La question se pose.

Chose certaine, ce dossier est trop important pour essayer de tourner la page trop rapidement. Le départ de Robert Trudel est une chose. La suite qu’on donnera au dossier en est une autre tout aussi importante. Robert Trudel a-t-il vraiment dépassé les limites? Y a-t-il des gens à la Cité de l’énergie qui savaient quelque chose et qui n’ont rien dit parce que «C’est Bob!»? Y a-t-il d’autres victimes qui hésitent à se confier justement parce que «C’est Bob»? Il faut aller au fond des choses, mettre en place des mécanismes efficaces qui viendront garantir un environnement de travail sain et punir ceux qui ont fait des gestes inappropriés ou qui les ont camouflés volontairement.

On le répète: Robert Trudel a fait de grandes choses pour la Cité de l’énergie et il n’est encore coupable de rien. Jusqu’à ce que la lumière soit clairement faite sur cette affaire, il y a cependant un message à retenir: un individu qui fait des gestes dégradants envers les femmes ne mérite pas la retraite. Il mérite d’être carrément jeté dehors! Même si «C’est Bob».