Il faut saluer cette intervention rapide et appropriée.

Une réponse forte du gouvernement

ÉDITORIAL / Moins de deux semaines se seront écoulées entre la mort d’Athéna Gervais et une réponse forte du gouvernement pour mieux contrôler la vente de boissons sucrées alcoolisées principalement destinées aux jeunes. Il faut saluer cette intervention rapide et appropriée, même si on doit du même coup déplorer que ce soit le décès d’une adolescente de 14 ans qui a précipité l’action du gouvernement.

Ironiquement, c’est la question que posait le Conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques dans son rapport annuel de 2017. L’ex-président du Mouvement Desjardins, Claude Béland, qui dirige cet organisme, écrivait ceci au sujet des boissons sucrées alcoolisées: «Faudra-t-il attendre qu’il y ait des morts avant d’agir?».

Oui, le gouvernement a attendu qu’il y ait un décès. Mais connaissait-il seulement l’ampleur du problème pour pouvoir agir efficacement? Québec avait demandé, l’année dernière, une étude à l’Institut national de santé publique sur le sujet. Le rapport avait été déposé il y a quelques mois, mais semble-t-il qu’on cherchait encore la façon d’intervenir.

Le problème est à ce point complexe qu’on ne savait plus trop par quelle poignée le prendre. Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, et la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, ont offert la réponse du gouvernement provincial. Québec intervient pour limiter l’accès pour les jeunes à ces boissons. Un amendement sera apporté au projet de loi déjà déposé sur la réforme de la Régie des alcools, des courses et des jeux. Ce sera donc la Société des alcools qui verra exclusivement à la vente de ces boissons.

Offertes en canettes de 568 ml, celles-ci ont un taux d’alcool qui frôle les 12 %. En buvant le contenu d’une seule canette, on ingurgite l’équivalent de quatre verres d’alcool, à une vitesse généralement beaucoup plus élevée qu’on le ferait pour un verre de vin, une bière ou un cocktail. Pourquoi? Parce que les sucres et les autres stimulants qu’elles contiennent camouflent le goût et l’effet de l’alcool. Le rapport du Conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques mentionne qu’à deux canettes, on atteint les huit verres standard, le seuil de l’intoxication grave.

Pas étonnant, donc, qu’entre janvier et novembre 2017, on ait recensé, dans les urgences du Québec, 2332 cas de jeunes, entre 12 et 24 ans, qui se sont présentés pour une telle intoxication. Près de 500 de ces personnes sont des mineurs qui, théoriquement, ne peuvent pas se procurer une telle boisson. C’est extrêmement préoccupant.

Québec fait donc un bout de chemin qui nécessitera une collaboration exemplaire entre les différents partis à l’Assemblée nationale pour que l’amendement et le projet de loi soient adoptés à temps avant les élections. Mais le fédéral, qui a compétence – via Santé Canada ou via l’Agence canadienne d’inspection des aliments – pour les questions reliées à la commercialisation, à la distribution, à l’étiquetage, à la publicité et aux autorisations légales, devra aussi faire sa part. Le premier ministre Philippe Couillard avait raison d’interpeller Ottawa mardi.

Il faudra voir, si l’amendement proposé par le gouvernement est adopté, de quelle façon la Société des alcools répondra à ce nouveau mandat. Cela risque d’avoir une incidence considérable sur l’accès à ces boissons. D’abord parce que les succursales de la SAQ sont moins accessibles que les dépanneurs, mais aussi et surtout parce qu’il se pourrait bien que la société d’État n’ait absolument aucun besoin ou aucun intérêt à tenir de larges inventaires de ces boissons. Il serait étonnant que la vente de ces produits constitue une potentielle vache à lait pour la SAQ et c’est tant mieux.

Enfin, à l’heure où on parle beaucoup de la nécessité de déployer des mesures d’éducation et de sensibilisation pour le cannabis, il faudra aussi le faire pour l’alcool et plus particulièrement pour ces boissons hypocrites.