Justin Trudeau

Une réponse forte du fédéral

ÉDITORIAL / Après avoir essuyé un flot de critiques la semaine dernière sur sa mollesse dans la gestion de la crise du coronavirus, le gouvernement fédéral s’est repris avec force, mercredi, en levant le voile sur le Plan d’intervention économique du Canada pour répondre à la COVID-19 et sur la mise en place de la Prestation canadienne d’urgence (PCU). Même si certaines mesures restent perfectibles, cette intervention a certainement quelque chose de rassurant pour des milliers, voire des millions de Canadiens directement touchés par les conséquences économiques de la crise actuelle.

L’accouchement aura certes été pénible si on considère les conditions dans lesquelles les parlementaires fédéraux ont donné le feu vert à ce programme d’aide, mais le résultat est convaincant.

Le fédéral, en gros, a décidé de ne créer qu’une seule mesure de soutien, disponible pour tous les travailleurs dont les revenus sont disparus soudainement en raison de la pandémie de COVID-19, que ces personnes soient ou non admissibles à l’assurance-emploi. Le PCU s’adresse autant aux salariés qu’aux contractuels ou aux travailleurs autonomes qui sont malades, qui sont en quarantaine ou qui prennent soin d’une personne atteinte de la COVID-19, qui doivent cesser de travailler pour s’occuper de leurs enfants ou qui ont été mis à pied temporairement.

La nouvelle prestation de 2000 $ par mois, même si elle est inférieure aux prestations d’assurance-emploi dont le maximum est de 573 $ par semaine, fera certainement l’affaire de plusieurs travailleurs et travailleuses qui se sont soudainement retrouvés dans une situation d’insécurité.

Il peut y avoir des effets pervers. Par exemple, des jeunes employés de boutiques dans un centre commercial fermé peuvent bénéficier des nouvelles mesures parce que le magasin où ils travaillent, parfois même à temps partiel, est aussi fermé. Mais leurs amis qui bossent dans une épicerie, par exemple, doivent continuer de travailler en recevant un montant hebdomadaire inférieur. Il y a certainement des employés au salaire minimum, notamment dans le secteur de l’alimentation, qui se posent des questions ces jours-ci...

Mais bon, globalement, la PCU est une mesure forte, rassurante et appropriée dans les circonstances. Elle sera peut-être plus avantageuse que l’assurance-emploi pour plusieurs travailleurs à faible revenu, mais dans un contexte de crise, c’est une mesure exceptionnelle qui répond à des besoins exceptionnels.

Le gouvernement de Justin Trudeau a surtout démontré qu’il était capable de répondre adéquatement aux besoins soudains des Canadiens et surtout de leur simplifier la vie sur le plan bureaucratique. Avant cette intervention musclée, l’aide se déployait via trois programmes, dont l’assurance-emploi et deux nouveaux canaux mis en place, soit l’allocation pour soins et l’allocation pour soutien d’urgence.

On se doute bien qu’avec plus d’un million de demandes de prestations d’assurance-emploi en une semaine, ça devenait ingérable.

Le défi, maintenant, est celui de la célérité. La fin du mois approche à grands pas, tout comme le début du mois suivant. Ces périodes sont souvent synonymes de paiement de loyer, de versement hypothécaire, de paiements préautorisés pour les assurances, les services... Beaucoup de foyers québécois s’inquiètent du manque de liquidités. À preuve, un sondage Angus Reid dévoilé mardi, révélait que plus du tiers des Canadiens qui ont subi une perte d’emploi craignent de ne pas pouvoir payer leur prochain loyer ou versement hypothécaire.


« Heureusement, des mesures se déploient pour s’assurer que tout le monde puisse payer le loyer et l’épicerie. »
Martin Francoeur

Suffit maintenant d’accélérer le processus et le traitement des demandes pour que l’aide soit versée rapidement. Parce que sans soutien adéquat, beaucoup de Canadiens ne voudront pas rester chez eux et respecter les directives sanitaires.

Il faudra aussi trouver des moyens de venir en aide aux employeurs, aux prises avec des besoins de liquidités. Dans certains secteurs d’activité, si on veut éviter des fermetures par centaines, il faudra intervenir avec autant de conviction, peut-être en subventionnant les salaires. Mais le fédéral a choisi, avec raison, de d’abord s’intéresser aux particuliers. C’est une bonne idée, dans les circonstances.