Omar Khadr

Une réparation et non un cadeau

Ainsi donc, les conservateurs jouent les vierges offensées et critiquent la décision du gouvernement Trudeau de verser 10,5 millions $ de compensation à Omar Khadr pour la violation de ses droits fondamentaux? Le chef de l'opposition, Andrew Scheer, a qualifié de «honteuse» l'entente par laquelle le gouvernement met fin à un long processus judiciaire. Ce qui est honteux, c'est de réagir ainsi. Surtout parce que les conservateurs ont une large part de responsabilité dans ce fiasco.
Il importe d'abord de clarifier une chose: le montant de 10,5 millions $ versé à Omar Khadr n'est pas un cadeau ou une faveur qu'on lui fait. Il s'agit d'une réparation pour les préjudices physiques et psychologiques qu'il a subis lors de sa détention à la prison américaine de Guantánamo. 
En 2010, la Cour suprême a reconnu que « le Canada a activement participé à un processus contraire aux obligations internationales qui lui incombent en matière de droits de la personne et a contribué à la détention continue de M. Khadr, de telle sorte qu'il a porté atteinte aux droits à la liberté et à la sécurité de sa personne, que lui garantit l'article 7 de la Charte des droits et libertés». Le plus haut tribunal au pays a statué qu'Omar Khadr avait droit à des excuses et à une réparation.
Le cas d'Omar Khadr est loin d'être simple. Né au Canada, il aurait été enrôlé par son père dans le djihad, pour aller rejoindre les insurgés afghans. Il se trouvait d'ailleurs en Afghanistan lorsque, en juillet 2002, il a été arrêté et accusé d'avoir lancé la grenade qui a tué le sergent Christopher Speer, de l'armée américaine. Il avait 15 ans. Khadr a plus tard prononcé des aveux, mais la validité et la véracité de ceux-ci sont remises en question en raison des techniques d'interrogatoire utilisées par les autorités américaines à la prison de Guantánamo.
Le père d'Omar Khadr, Amhed Khaid Sadr, entretenait des relations étroites avec le mouvement terroriste Al-Qaïda. En raison de ces liens, le gouvernement Harper a toujours nié quelque violation que ce soit des droits fondamentaux d'Omar Khadr.
Il aura passé dix ans à la prison militaire de Guantánamo. Un enfer de dix ans, pourrait-on dire. Khadr a été soumis à des mauvais traitements assimilables à de multiples reprises à de la torture. Et comme ses aveux pourraient bien avoir eu pour unique but de sortir de cet enfer, sa réelle responsabilité dans la mort du sergent Speer demeure encore floue.
Ce que le gouvernement libéral actuel vient de faire, c'est en quelque sorte de reconnaître la responsabilité du Canada dans les atrocités subies par Omar Khadr et surtout, de mettre fin à la poursuite judiciaire intentée par ce dernier en 2014. Khadr réclamait 20 millions $ en dommages et intérêts. 
Il ne faudrait pas tomber dans les raccourcis et conclure simplement, un peu comme le font les conservateurs, que le gouvernement fédéral va donner 10,5 millions $ «pour enrichir un terroriste qui s'est battu contre le Canada». Un tel argument témoigne d'une mauvaise foi évidente et d'une récupération politique de mauvais goût. Le Canada, ici, est surtout puni de ne pas avoir respecté les droits civils d'Omar Khadr et d'avoir violé les conventions internationales sur les enfants-soldats. 
Il ne faut pas non plus faire l'équation simpliste selon laquelle cet argent devrait être versé à la veuve du soldat Speer. Le dédommagement des victimes ou des familles de victimes est une tout autre histoire.
Plus tôt cette semaine, le général à la retraite et sénateur Roméo Dallaire a qualifié de «courageuse mais juste» la décision du gouvernement libéral de régler le litige qui oppose Ottawa à Omar Khadr.
C'était ce qu'il fallait faire. Le Canada, comme nation phare en matière de droits de la personne et comme pays signataire de conventions internationales sur les enfants-soldats, notamment, a dérapé sérieusement dans le cas d'Omar Khadr. Des excuses et une indemnisation s'imposaient. Sinon, à quoi bon faire étalage de nos beaux grands principes?