Une rénovation et une réflexion

ÉDITORIAL / La Ville de Trois-Rivières ne pouvait plus y échapper. Elle devra consacrer des millions de dollars, entre douze et seize s’il n’y a pas de mauvaises surprises, pour la réfection de la piscine du parc de l’Exposition. C’est un investissement nécessaire, mais qui devrait impérativement provoquer une réflexion plus large sur les piscines publiques municipales.

Si ce n’était pas de la valeur patrimoniale de la piscine de l’Expo, du caractère unique de ce lieu et de l’attachement que les Trifluviens ont envers cette installation, il pourrait être facile de remettre en question tout investissement de l’ampleur de celui qu’on prévoit réaliser l’an prochain. Entre 12 et 16 millions de dollars, ce pourrait être un pensez-y-bien pour un équipement qui, au fond, ne sert que deux mois par année.

Les travaux à venir à la vénérable piscine de l’Expo sont à ce point importants qu’ils entraîneront sa fermeture pendant au moins un an. Le détail du projet devrait être présenté d’ici l’automne au conseil municipal pour approbation. Selon ce qu’on comprend, il s’agit d’un projet sur lequel planchent déjà depuis un bon bout de temps les fonctionnaires de la Direction du génie à la Ville de Trois-Rivières.

Ouverte en 1947, la piscine de l’Expo est toujours très prisée par les familles qui passent l’été en ville ou par les touristes de passage. Près de 50 000 entrées ont été enregistrées l’an passé.

Les dernières grandes rénovations à cet imposant bassin remontent au milieu des années 90. On y avait alors investi 2,8 millions $. Mais le temps fait son œuvre et la piscine a besoin d’un autre sauvetage.

Depuis quelques mois, toutefois, l’idée de doter Trois-Rivières d’un centre aquatique municipal avec piscine intérieure accessible à l’année circule au sein de la population. Une pétition a été signée par plus de 3400 personnes l’hiver dernier. Il est vrai que la fermeture prolongée de la piscine du CAPS de l’UQTR rend encore plus manifeste le besoin de plans d’eau intérieurs pour la natation et les bains libres.

S’est-on questionné, à la Ville de Trois-Rivières, sur la possibilité de doter la Ville d’une telle infrastructure? Même si la piscine de l’Expo enregistre plus de la moitié des baignades en période estivale, la Ville compte neuf autres piscines extérieures publiques – plus petites, évidemment – et neuf jeux d’eau.

S’est-on penché, aussi, sur la question de la tarification pour l’accès aux piscines publiques? Trois-Rivières maintient des coûts d’accès importants, peut-être pour payer en partie les frais reliés au contrat de service qu’elle donne chaque année à une firme qui gère les activités de la piscine et assure la surveillance, en plus d’empocher les revenus d’entrée et les profits générés par le casse-croûte de la piscine de l’Expo.

Plusieurs villes ont fait le choix de rendre gratuit l’accès aux piscines extérieures, sachant que les utilisateurs proviennent souvent de familles à plus faible revenu qui, justement, n’ont pas les moyens d’avoir une piscine chez eux. C’est un choix politique. À Trois-Rivières, ce choix a été fait pour les bibliothèques. Mais pas pour les piscines.

À l’heure où les gouvernements, quels qu’ils soient, tentent d’inciter la population à faire davantage d’activité physique, il apparaît certainement plus logique de construire des piscines intérieures, ouvertes toute l’année. Sans sacrifier la rénovation de la piscine de l’Expo pour ce qu’elle a d’emblématique, cela pourrait donner une belle occasion de pousser plus loin la réflexion.