Spectacle du Cirque Éloize

Une région complètement cirque

La métropole a déjà un festival qui s’appelle «Montréal complètement cirque». C’est dommage que ce nom soit déjà pris. Parce que de la façon dont les choses se présentent, c’est la Mauricie qui sera complètement cirque l’été prochain. Et c’est une sacrée belle image de marque sur le plan touristique.

L’annonce de la venue du Cirque Éloize à la Cité de l’Énergie de Shawinigan pour un spectacle extérieur qui remplacera Dragao dès juillet prochain en a surpris plus d’un. Le directeur général de la Cité de l’énergie, Robert Trudel, a sorti cet as de sa manche de façon un peu précipitée, avant même d’avoir la confirmation d’une aide financière. 

Mais on reconnaît bien le Robert Trudel qui veut que les choses bougent, quitte à parfois forcer les autorités à se commettre au gré de ses volontés. 

Avec ce spectacle qui aura pour nom Nezha, la Cité de l’énergie occupera un créneau semblable à celui qu’on retrouve déjà à l’Amphithéâtre Cogeco et qui sied plutôt bien à l’été trifluvien. Le cirque. L’été prochain, les deux plus grandes villes de la Mauricie auront toutes deux un spectacle de cirque à offrir à la population et aux touristes.

So what? 

Il serait exagéré de déjà voir dans cette annonce de la Cité de l’énergie une quelconque forme de concurrence déloyale simplement parce que le mot «cirque» apparaîtra deux fois plutôt qu’une dans le guide touristique régional pour les étés à venir.

D’abord, sur le plan artistique, il y a une différence marquée entre ce que fait Éloize et ce que fait le Cirque du soleil. Avec les créations originales confiées à sa filiale 45 Degrees pour Trois-Rivières, le Cirque du Soleil a opté pour les hommages musicaux, ce qui vraisemblablement ne sera pas le cas pour le Cirque Éloize. Et même si le Cirque du Soleil a détenu une participation de 50 % dans le Cirque Éloize entre 2010 et 2016, la signature artistique des deux entités est toujours demeurée distincte. Les gens d’Éloize nous ont habitués, notamment avec Saloon à Saint-Tite en 2016 et 2017, ou avec Cirque Orchestra dans un hangar du port de Trois-Rivières au début des années 2000, à une facture plus intimiste.

Cette fois, on donnera dans le fantastique. La compagnie n’a pas ou peu versé dans cet univers au fil des ans. Mais on semble vouloir s’assurer que la Cité de l’énergie pourra conserver le créneau plus familial qu’elle avait su développer avec Amos Daragon ou Dragao. L’histoire de Nezha transportera les spectateurs dans un univers rappelant une ancienne légende de pirates chinois et racontera l’histoire d’une jeune orpheline abandonnée sur une île mystérieuse et qui devra affronter son destin pour devenir le plus redoutable pirate de tous les temps. De quoi séduire un public large, ce que ne font pas naturellement les spectacles hommages du Cirque du Soleil à l’Amphithéâtre Cogeco.

Au fond, quand on y pense, on se rend vite compte que même avant la venue du Cirque Éloize, la Cité de l’énergie occupait déjà un créneau semblable à celui de l’Amphithéâtre Cogeco. Au-delà de l’appellation «cirque», qui sera maintenant commune aux deux spectacles, les deux institutions offraient déjà une expérience de spectacle extérieur à grand déploiement, sur des scènes ou dans des environnements qui permettaient d’impressionnantes fantaisies scénographiques.

Quoi qu’il en soit, la présentation simultanée de ces deux spectacles, dans un rayon de 40 kilomètres, doit être vue comme un contexte intéressant pour créer une image distinctive et une forfaitisation qui mise sur ce créneau et sur la complémentarité des deux spectacles. La Mauricie a maintenant ce qu’il faut pour devenir la destination cirque par excellence en saison estivale.

La région va bien comme jamais auparavant sur le plan touristique. Ce ne serait pas le temps de s’embarquer dans des querelles ou des malaises mal dissimulés. Sachons plutôt tirer profit de la situation.