Martin Francoeur

Une question de sécurité et d’équité

ÉDITORIAL / Un autre triste exemple vient de s’ajouter à la liste des horreurs attribuables aux problèmes de desserte ambulancière à La Tuque. Vendredi dernier, une rupture de service dans la couverture a forcé le transport d’un patient à bord d’un camion du service des incendies. 

Les pompiers, même s’ils sont des premiers répondants, n’ont pas les qualifications requises pour faire du transport ambulancier ou des services préhospitaliers d’urgence. Plus que jamais, il est impératif de repenser l’organisation du travail et la desserte ambulancière en Haute-Mauricie.

Il y a trois mois, les médias relataient l’histoire invraisemblable d’un motoneigiste blessé en Haute-Mauricie qui avait dû parcourir 130 kilomètres sur sa motoneige avant d’atteindre Clova, d’où un bon samaritain l’a transporté jusqu’à Parent, d’où il a été transporté par ambulance jusqu’à La Tuque. La dernière portion du trajet a été ponctuée d’une crevaison et d’une attente de plus de deux heures pour avoir un autre véhicule. L’épopée avait duré une douzaine d’heures.

On se souvient aussi de l’altercation survenue dans le secteur de Parent, le 3 janvier dernier, au cours de laquelle la copropriétaire de l’Hôtel Central, Sylvie Lachapelle, avait été sauvagement agressée. Il avait fallu qu’une ambulance fasse le trajet aller-retour depuis La Tuque pour aller cueillir la victime sérieusement amochée.

Pour toute personne vivant dans un milieu où l’hôpital est à dix minutes et où il y a des ambulances postées un peu partout, une telle situation est difficilement concevable. Qu’un transport par ambulance prenne des heures, soit parce qu’on circule sur un chemin forestier, soit parce qu’on doit dépêcher un véhicule aller-retour, soulève certainement beaucoup de questions.

À cela s’ajoutent les périodes au cours desquelles La Tuque s’est retrouvée en situation de «découverture» ambulancière. Entre le 1er avril 2019 et le 31 mars 2020, des équipes d’ambulanciers de Grand-Mère ont été appelées en renfort à onze reprises sur le territoire de La Tuque. Le maire Pierre-David Tremblay dénonce vigoureusement cette situation, avec raison. Cela crée des temps d’attente considérables et ça impacte directement le travail des policiers et des pompiers.

Bref, il y a de plus en plus de raisons pour dénoncer les failles dans les services ambulanciers à La Tuque.


« Au coeur du débat, les horaires de faction qui sont pointés du doigt dans de nombreux cas de délais de transport ou de trous dans la desserte ambulancière. »
Martin Francoeur

C’est un modèle qui doit être repensé, voire remis en question. Surtout pour des milieux éloignés comme La Tuque. La desserte ambulancière actuelle provoque des ruptures de service inacceptables. On a peine à imaginer s’il fallait qu’en plus de devoir répondre tant bien que mal aux appels courants, les ambulanciers doivent faire face à une situation grave nécessitant plusieurs transports simultanés.

Au Québec, l’article 1 de la Loi sur les services préhospitaliers d’urgence mentionne l’objectif de celle-ci: «que soit apportée, en tout temps, aux personnes faisant appel à des services préhospitaliers d’urgence une réponse appropriée, efficiente et de qualité ayant pour but la réduction de la mortalité et de la morbidité à l’égard des personnes en détresse.» En Haute-Mauricie, force est de constater que les équipements, les effectifs et l’organisation des services ne permettent pas d’honorer les objectifs de la loi.

Les citoyens de La Tuque et de la Haute-Mauricie ne sont pas des citoyens de second ordre à qui on pourrait se permettre d’offrir des services de moindre qualité que ceux offerts dans les grands centres. Lorsque vient le temps d’avoir accès aux principaux services offerts par l’État, que ce soit la santé, l’éducation, la sécurité publique ou les transports, les citoyens des secteurs éloignés ont les mêmes droits que ceux des agglomérations plus densément peuplées.

En plus d’être une question de qualité des services, c’est une question d’équité et de sécurité. Il serait temps qu’on s’y attarde sérieusement.