Une question de sécurité

ÉDITORIAL / La tragédie survenue vendredi dernier à Notre-Dame-de-Montauban, où un homme dans la trentaine est mort noyé, emporté par les eaux de la rivière Batiscan, est venue rappeler cruellement la nécessité pour les municipalités éloignées d’être adéquatement desservies par le réseau de téléphonie cellulaire. Nous sommes en 2019, est-il utile de le rappeler.

Peut-être que le cellulaire n’aurait pas sauvé la vie de Patrick Bouchard, cet homme dans la trentaine, père de trois enfants, de Saint-Raymond-de-Portneuf. Mais il aurait certainement facilité les opérations de recherche, les communications entre les intervenants, les policiers, les sauveteurs.

Il aura fallu trois jours de recherches intensives pour que le corps de la victime soit localisé et sorti des eaux de la rivière. Trois jours de communications rendues compliquées par l’absence de couverture cellulaire.

Quand Dany Frenette s’est noyé dans ces mêmes eaux, en 1986, le cellulaire n’existait pas. Pas plus, en fait, qu’en 1948 quand quatre membres d’une même famille y ont laissé leur vie. Mais nous sommes en 2019. La technologie existe. Et elle est disponible ailleurs. Il n’est pas normal que les opérations de recherche ou de sauvetage soient plus avantagées, pour ainsi dire, dans les milieux urbains ou mieux desservis par la téléphonie cellulaire.

À Notre-Dame-de-Montauban comme dans tant d’autres municipalités éloignées, on se bat depuis des années pour avoir une bonne couverture cellulaire et un accès à Internet adéquat. On se bat, en fait, pour que la population de ces endroits ne soit pas lésée par rapport à celle plus près des grands centres.

Le drame survenu ces derniers jours devrait sonner la fin de la récréation. Il va, à tout le moins, donner des munitions aux municipalités qui réclament une meilleure couverture en ce qui a trait aux communications cellulaires et internet. Le plus triste, c’est qu’il faille encore des tragédies pour que des dossiers comme ceux-là avancent.

«Tout ce qu’on avait prédit est en train de se produire», se désolait encore la mairesse suppléante de Notre-Dame-de-Montauban, Marjolaine Morasse. Comme plusieurs, elle presse les gouvernements d’agir. Il s’agit insiste-t-elle, d’une question de sécurité publique. Et elle a parfaitement raison.

Cela pourrait bien se produire enfin. La députée du coin est nulle autre que la ministre de la Justice, Sonia LeBel. Elle a insisté sur le fait que l’implantation d’un réseau de téléphonie cellulaire est un dossier prioritaire pour la municipalité et que son bureau travaillait activement sur le dossier avec la MRC et la Municipalité. Elle parle même de projet pilote.

Le problème, c’est que des municipalités comme Notre-Dame-de-Montauban, il y en a des dizaines, voire des centaines au Québec. La couverture cellulaire doit devenir un enjeu national en matière de sécurité publique. Il ne faut pas attendre que se produisent des tragédies ici et là pour saupoudrer des tours de communications cellulaires sur le territoire québécois.

En Mauricie, la problématique est bien réelle non seulement à Notre-Dame-de-Montauban, mais aussi dans la région de La Tuque, le long de la route 155, de même que dans le nord de la MRC de Maskinongé. La Haute-Mauricie réclame d’ailleurs depuis plusieurs années une couverture cellulaire adéquate. Le dossier avance à pas de tortue.

Mais avec deux ministres en poste – Sonia LeBel au provincial et François-Philippe Champagne au fédéral –, les astres sont peut-être alignés.

Au lendemain des élections du 1er octobre dernier, Sonia LeBel affirmait déjà que la couverture cellulaire dans Champlain allait constituer un dossier prioritaire. Elle avait alors constaté, en faisant le tour de sa nouvelle circonscription, des difficultés à avoir du réseau dans le coin de Notre-Dame-de-Montauban et de Lac-aux-Sables.

Qu’une députée ait peine à communiquer avec son personnel ou ses collègues est une chose. Mais que des policiers, des sauveteurs, des pompiers, des bénévoles et des élus municipaux soient dans la même situation devrait justifier une intervention rapide.