Le ministre Jean Boulet.

Une promesse à demi remplie

ÉDITORIAL / On ne pourra certainement pas reprocher au ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, de ne pas être attaché à sa circonscription et à sa région. Jeudi, il avait choisi de tenir à Trois-Rivières la conférence de presse présentant le projet de loi 51, qui vise à bonifier le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) afin de favoriser la conciliation travail-famille. Des journalistes de la tribune de la presse, à l’Assemblée nationale, n’ont pas apprécié cette décision du ministre.

Il est vrai qu’il y a une règle non écrite selon laquelle un ministre qui présente un projet de loi dans un des champs de compétence de son ministère tient une conférence de presse au parlement, donc essentiellement pour les correspondants parlementaires, dans les heures qui suivent le dépôt en chambre.

Mais Jean Boulet souhaitait plutôt faire l’annonce à Trois-Rivières, dans un centre de ressources naissance plus exactement. Les collègues de la colline estiment que ce geste porte préjudice aux correspondants parlementaires chargés de rendre compte des projets de loi qui sont présentés à l’Assemblée nationale. Les partis d’opposition ont embarqué dans cette contestation, dénonçant le caractère partisan d’une telle décision.

Il est vrai que les modifications contenues dans le projet de loi ont une portée nationale. Il est vrai aussi que c’est un acte législatif, normalement débattu et présenté à l’Assemblée nationale. Mais fallait-il monter aux barricades pour autant? Qu’il nous soit permis d’en douter.

À la quantité de questions qui sont traitées par les journalistes de la presse parlementaire, peut-on reprocher à un ministre de vouloir faire une annonce chez lui? De vouloir donner un peu de visibilité à une institution de sa circonscription? De vouloir avoir quelque chose de substantiel à offrir à la presse régionale de son coin? Bien sûr que non. Il serait étonnant qu’une telle dérogation devienne une habitude.

Et il serait surtout étonnant que la nouvelle soit moins bien traitée parce qu’elle aura été couverte par la presse régionale.

Qu’importe. Ce qui est triste, c’est que ce débat accessoire de territoires de couverture est venu prendre presque autant de place que le projet de loi lui-même. Et un peu trop de place dans cet éditorial...

Le projet de loi s’inscrit dans la volonté souvent exprimée par la CAQ en campagne électorale l’année dernière de favoriser les familles. L’attribution de quatre semaines additionnelles de prestations partageables lorsque les deux parents utilisent un minimum de dix semaines de prestations parentales ou d’adoption chacun est une bonne nouvelle. Une telle mesure vient certainement améliorer la flexibilité du régime d’assurance parentale et, du même coup, favoriser la conciliation travail-famille.

Elle permet surtout aux pères de prendre un peu plus de temps avec leur enfant, ce qui peut certainement avoir un impact positif sur le noyau familial.

Le projet de loi ouvre aussi la porte à un peu plus de flexibilité pour adapter le RQAP à différentes situations. Globalement, les mesures annoncées viennent clairement donner plus de souffle aux parents et constituent certainement une belle façon de mieux répondre aux transformations qui s’opèrent dans le monde du travail.

La seule ombre au tableau demeure ce pied sur le frein concernant les parents adoptants. Le gouvernement a décidé que ces familles adoptives n’auront finalement pas droit à 55 semaines de congé parental comme l’avait promis la CAQ en campagne électorale. Les parents adoptants ont actuellement droit à 37 semaines de prestations partageables entre les parents, nombre qui se retrouverait bonifié avec l’adoption du projet de loi mais pas suffisamment pour atteindre l’équité avec les parents biologiques.

Mais malgré cela, ce n’est pas exactement conforme à l’engagement pris en campagne électorale et réitéré aux parents adoptants. C’est juste dommage de laisser l’impression de créer deux classes de parents.