Ce sont les déclarations obligatoires que les élus municipaux doivent produire concernant les dons, marques d'hospitalité et autres avantages dont la valeur dépasse 200 $ qui ont permis d'apprendre que chacun des membres du conseil municipal trifluvien avait reçu huit billets de faveur pour les spectacles du Cirque du soleil à l'été 2015 et à l'été 2016.

Une pratique discutable

Les élus de Trois-Rivières devraient-ils recevoir des billets de faveur pour distribuer à leur discrétion pour des spectacles à l'Amphithéâtre Cogeco? La question soulevée par le directeur général de l'Institut sur la gouvernance, Michel Nadeau, est tout à fait pertinente. Et la réponse à cette question doit être un non retentissant.
Ce sont les déclarations obligatoires que les élus municipaux doivent produire concernant les dons, marques d'hospitalité et autres avantages dont la valeur dépasse 200 $ qui ont permis d'apprendre que chacun des membres du conseil municipal trifluvien avait reçu huit billets de faveur pour les spectacles du Cirque du soleil à l'été 2015 et à l'été 2016.
Une grande majorité de membres du conseil ont produit une déclaration qui faisait état de ce don de billets de faveur. La valeur totale réelle frôle les 800 $.
C'est donc dire que la grande majorité des membres du conseil, le maire inclus, ont eu à leur disposition huit billets qu'ils pouvaient offrir à qui bon leur semblait. 
C'est là qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas.
Que des élus puissent assister aux spectacles à l'Amphithéâtre, cela va de soi. Qu'on leur donne un ou deux billets de faveur pour qu'ils puissent s'acquitter de ce qui peut constituer un devoir de représentation, ça passe encore. Mais qu'on leur donne huit billets, ça dépasse l'entendement.
Inévitablement, les élus deviennent alors en possession d'un cadeau qu'ils peuvent utiliser à des fins personnelles pour gâter un de leurs proches, remercier un bon bénévole ou faire plaisir à un de leurs électeurs.
Michel Nadeau indique avec raison qu'un élu ne doit pas profiter de cette situation pour «distribuer des billets gratuits et se faire du capital politique», parce que ça peut laisser une drôle d'impression pour le public.
C'est un euphémisme.
Ce genre de pratique n'a plus de raison d'être. N'y a-t-il pas déjà assez eu de situations de conflit d'intérêts ou d'apparence de conflit d'intérêts pour que les élus eux-mêmes refusent de tirer profit d'une poignée de billets de faveur?
Ce n'est un secret pour personne qu'il s'est distribué beaucoup, beaucoup de billets de faveur pour des spectacles présentés à l'Amphithéâtre Cogeco ces deux dernières années. Comme c'est probablement le cas dans beaucoup d'autres événements, spectacles ou manifestations.
La Vérificatrice générale de la Ville de Trois-Rivières, Andrée Cossette, avait soulevé dans son dernier rapport cette problématique de billets de faveur semés à tous vents.
Elle mentionnait que les règles définissant l'attribution de billets de faveur ou de billets en échange de services ne sont pas définies par la Corporation des événements et il n'y avait pas de limite fixée. Seulement pour l'année 2015, ce sont près de 10 000 billets de faveur qui avaient été distribués.
On comprend que la Corporation a des ententes avec des fournisseurs ou des partenaires qui incluent la distribution d'un certain nombre de billets de faveur. On comprend aussi que plus de 3000 de ces billets sont allés aux bénévoles de la Ville dans le cadre d'une activité de reconnaissance.
Mais quand malgré cela le nombre de billets de faveur se compte tout de même par milliers, ça doit finir par susciter bien des questions chez ceux et celles qui payent consciencieusement leurs billets.
Heureusement, la direction de la Corporation des événements affirme avoir donné suite à une recommandation de la vérificatrice pour que soit mise en place une politique établissant les règles pour l'attribution des billets de faveur et à titre d'échange de services.
Maintenant, ce serait au tour de la Ville et de son conseil municipal de faire un peu de ménage dans la distribution de billets de faveur.
Le maire Yves Lévesque a beau dire que tout est déclaré, qu'il n'y a rien de caché et donc qu'il n'y a pas lieu de crier au scandale, il lui manque un bout de l'équation. Ce n'est pas parce que c'est déclaré que c'est éthiquement correct ou moralement acceptable.