Une petite révolution

Les journalistes qui couvrent le conseil municipal de Trois-Rivières auront maintenant accès à la session de travail des conseillers qui précèdent chacune des assemblées publiques. C’est souvent là que se donnent les explications les plus pertinentes relatives aux actions du conseil et que se tiennent les débats les plus intéressants. Il s’agit d’une petite révolution qui facilitera certainement une meilleure circulation de l’information aux citoyens.

La chose aurait été impensable jusqu’en novembre dernier. Le maire et ses chefs de cabinets se sont toujours opposés à ce que les journalistes aient accès à ces réunions de travail. Un tel refus pouvait se justifier par le fait que c’est là que les conseillers parlent ouvertement, que les hauts fonctionnaires expliquent sans filtre les différents dossiers.

Mais les assemblées publiques sont devenues tellement mécaniques et tellement hermétiques que l’accès à ces rencontres de travail, pour les journalistes, était devenu nécessaire pour que les citoyens aient une information de qualité, traitée et contextualisée.

Mardi soir, lors de l’assemblée publique du conseil, le conseiller Denis Roy a demandé la parole pour lire la résolution à haute voix avant qu’on procède au vote. Il voulait marquer le coup, disant que cette démarche revêtait un caractère historique. Il n’a pas tort.

En fait, les séances de travail de plusieurs villes étaient ouvertes aux journalistes avant les fusions de 2002. Mais les administrations municipales ont mis fin à cette ouverture, sans véritable raison.

L’ouverture des sessions de travail des conseillers aux journalistes constitue, en somme, un compromis acceptable dans les efforts de transparence des conseils municipaux. Il aurait été impensable de les rendre accessibles au public. Et on a prévu qu’il puisse y avoir, à l’occasion et au besoin, la possibilité de décréter un huis clos, ce qui est tout à fait convenable pour certaines questions sensibles.

Les contribuables gagneront à savoir comment se passent les discussions entre élus. Cela contribuera à améliorer la compréhension des dossiers et permettra certainement aux citoyens de mieux apprécier le travail de leurs élus. En assemblée publique régulière, plusieurs d’entre eux sont, la plupart du temps et souvent malgré eux, de simples figurants.

La résolution adoptée mardi découle du code d’éthique des élus, adopté en février dernier, et de la volonté d’agir avec plus de transparence. Le conseil a d’ailleurs adopté à l’unanimité la résolution en question. Il aurait été symboliquement fort que le maire, qui a l’habitude de s’abstenir, manifeste aussi son approbation avec le même empressement qu’il a demandé à inscrire son vote en faveur de la vente du stationnement étagé. Mais c’était probablement trop lui en demander.

D’ailleurs, on comprend mal la réticence du maire Angers, à Shawinigan, à implanter une procédure semblable dans son hôtel de ville. Le conseil shawiniganais a pourtant emboîté le pas, récemment, à la diffusion des séances publiques; il serait au moins intéressant de considérer la possibilité, même si la Ville est plus petite et que les journalistes y sont moins nombreux, d’imiter Trois-Rivières sur la question des séances de travail des conseillers.

À Trois-Rivières, le prochain défi pour enlever un peu plus d’opacité sera d’exiger des corporations paramunicipales une totale transparence. Même si la loi n’assujettit pas ces corporations à loi sur l’accès à l’information, on pourrait inclure dans les protocoles d’entente des dispositions concernant la reddition de comptes et la divulgation proactive. Après tout, ce sont des fonds publics qui, principalement, financent ces organismes.

La vérificatrice générale Andrée Cossette avait déjà formulé une semblable recommandation mais c’est resté lettre morte. Peut-être parce que la Ville n’avait pas intérêt à ce que le public sache ce qui s’y passe.

En attendant, il convient d’applaudir la décision concernant l’accès aux sessions de travail.